Apocalypse Now de Francis Ford Coppola

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Posted 16 mai 2011 by Dimrost in Guerre

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Date De Sortie:
 
 
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Bonus: Le documentaire Hearts of Darkness
 
by Dimrost
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Sortie le 27 avril 2011

Apocalypse Now est sorti ce mois-ci dans une réédition Blu-Ray et Dvd, et c’est un petit évènement. Alors bien sûr, le film était déjà ressorti en 2001 dans sa version « Redux », en grande pompe, et présenté comme une édition « ultime », à un moment où les remontages à posteriori des films par leurs réalisateurs ont eu un certain effet de mode (comme Spielberg avec E .T ou Ridley Scott avec Blade Runner). Quel intérêt, donc, dans cette réédition 2011 de la palme d’or de 1979 ? C’est l’occasion, d’abord, de voir l’immense documentaire Hearts of Darkness, sorti en 1991 et inédit en France, et ensuite, de revoir toute la puissance visuelle et onirique du film sublimée par la HD.

En pleine guerre du Viêt-Nam, le Capitaine Willard (Martin Sheen) se voit confier une mission secrète par les dirigeants de l’armée américaine : remonter le fleuve Nung pour retrouver et assassiner le colonel Kurtz (Marlon Brando), devenu un électron libre dans la jungle dont les méthodes déplaisent à la hierarchie.

Il est très facile de réduire Apocalypse Now à sa première partie, solaire, pleine d’action, d’humour noir, et de numéros d’acteurs tous excellents dans les seconds rôles, comme G.D Spradlin et Harrison Ford, en donneurs d’ordre lovés dans leur confort matériel, ou surtout Robert Duvall, en colonel Kilgore plus Pattonien que nature qui « aime sentir l’odeur du napalm le matin ». Qui ne se souvient pas de l’immense séquence de l’attaque des hélicoptères sur fond de chevauchée Wagnerienne des Walkyries ? (Attaque qui, en fait, n’est qu’un prétexte pour raser une plage afin de pouvoir surfer).

Voilà, en un peu plus d’une demi-heure, on a tout les thèmes et les aspects du parfait film de guerre sur le Viêt-Nam: violence, explosions, machines de guerre déversant la mort sur les rizières et les Vietcongs, civils ou non, soldats désœuvrés physiquement et moralement… Mais l’aventure ne commence vraiment que quand le capitaine Willard commence à remonter le fleuve, comme si, en s’embarquant dans ce voyage et dans cette mission, on quittait les rivages traditionnels de la représentation américano-hollywoodienne de la guerre pour s’embarquer dans un périple onirique et intérieur.

Et c’est là que Hearts of Darkness sert d’immense révélateur sur la façon dont le film à été conçu. Les anecdotes sur le tournage du film sont largement connues : le remplacement d’Harvey Keitel par Martin Sheen trois semaines après le début du tournage, les conditions extrêmes, en pleine jungle et en pleine saison des pluies, la peur du manque d’argent, et surtout, l’ego démesuré de Coppola.

La femme du réalisateur, Eleanor, tenait un journal de production durant les 238 jours de tournage commencé en 1976 aux Philippines, sous l’égide du régime du commandant Marcos, qui ne disait jamais non à un petit chèque en échange de la présence du show-business américain (il avait, pour plusieurs millions de dollars organisé un an plus tôt le combat de boxe entre Muhammad Ali et Joe Frazier à Manille). Ce qui est frappant, c’est de voir comment tout le monde arrive sur le tournage la fleur au fusil, particulièrement Coppola, qui veut faire « le plus grand film de divertissement possible, avec du sang, de la violence, du sexe, parce qu’il veut que les gens le voient ».  Car telle est l’ambition de Coppola à la base. Son script de départ n’a pas grand-chose à voir avec l’œuvre de Joseph Conrad, véritable métaphore de la sauvagerie universelle des hommes dans le Congo colonial du dix-neuvième siècle, c’est plutôt une adaptation dans la tradition hollywoodienne de l’Entertainment qui se veut avoir un sous-texte critique vis-à-vis de la guerre du Viêt-Nam, à un moment où les Etats-Unis ne sont pas encore tout à fait prêts à se retourner d’une manière critique sur cet échec guerrier que, là-bas, personne ne veut encore assumer.

Plus le tournage avance, et les scènes sont tournées dans l’ordre chronologique du film, plus Coppola se trouve renvoyé sans cesse à la noirceur du matériau original de Conrad. Malgré toutes ses intentions de départ, les catastrophes s’accumulent, le tournage aux

Philippines s’avère être un enfer d’un point de vue logistique, et Coppola s’enfonce dans un bourbier sans pouvoir abandonner à aucun moment, car il a hypothéqué sa maison et ses biens pour pouvoir financer le film. Le tournage d’Apocalypse Now devient sa guerre à lui. Il est obligé d’avancer, en réécrivant le film tout en le tournant, dans l’angoisse d’une fin qu’il ne tient pas encore. On voit alors un Coppola fou, hirsute, qui menace de se suicider à tout bout de chant, hanté par le message de l’œuvre de Conrad qu’il a peur de ne pas

savoir restituer, message qui plane comme une ombre au-dessus de lui comme Kurtz plane au-dessus du Congo dans Conrad, ou au-dessus de Willard dans Apocalypse Now.

La deuxième partie du film devient alors sombre, faite de contrastes étouffants entre la lumière des explosions et du feu et la noirceur de la jungle, grâce à la photographie exceptionnelle de Vittorio Storaro. Plus le patrouilleur s’enfonce dans le fleuve, plus l’inconnu se fait pesant, plus on se rapproche de Kurtz, plus les notions de bien et de mal s’estompent. La réelle difficulté, pour Coppola, sera la dernière séquence dans la place forte de Kurtz. Il est difficile de rendre compte de l’aura qu’avait Marlon Brando àl’époque, du respect et du culte qu’inspirait l’homme qui a lancé la mode de l’Actor’s Studio et de la « méthode » comme symbole de l’acteur ultime, capable de tout interpréter avec ses tripes, du « Stellaaaaaa » de Stanley dans Un Tramway Nommé Désir à la stature inquiétante, impénétrable et versatile de Don Corleone dans Le Parrain. Il engloutit déjà un cinquième du budget de base (18 millions de dollars) pour trois semaines de tournage, du jamais vu, à l’époque. Et après la crise cardiaque de Martin Sheen, Coppola se retrouve face à un monstre sacré qui arrive gros, le crâne rasé, sans avoir lu le livre et sans avoir appris son texte. A ce moment-là, alors qu’il ne reste que les trente dernières minutes du film à tourner, Coppola n’a toujours pas sa fin. Il a vu son film se dérouler sous ses yeux, passer d’un coût de 18 millions à 30 millions (un chiffre bien sûr énormissime pour l’époque), son ton changer d’un divertissement à un périple noir et sans concessions, jonché par la sauvagerie et dont la folie des personnages se fait de plus en plus perceptible au fur et à mesure que l’angoisse de Coppola grandit

Car sous l’éclairage de Hearts of Darkness,  Apocalypse Now est comme un objet vivant, un récit qui aurait repris ses droits pour exprimer ce que Coppola, consciemment ou inconsciemment, n’était pas capable de filmer. On le voit, par exemple, pour filmer la dernière demi-heure du film, improviser pendant trois semaines avec Brando, Sheen, et Dennis Hopper (dans le rôle d’un journaliste allumé) Plutôt que de filmer, on voit Coppola, réalisateur-tyran, et véritable control freak, se débattre avec son film, réduit à attendre un déclic pour dépeindre LA confrontation avec Kurtz. Ce colonel Kurtz, mystère tapi au fond de la jungle, est une métaphore de ce que l’Amérique ne veut pas voir en face, une expression dans sa manière la plus brute de la sauvagerie de la guerre. Sa méthode n’est pas empreinte de folie, mais froide et calculée. Il montre à l’armée le vrai visage de la guerre, sans ses atours habituels censés la parer d’une caution morale et civilisée.

On comprend alors que Coppola est Willard. Tout comme le soldat est finalement confronté, à la fin, au vrai visage de la guerre, Coppola est confronté aux limites de ce qu’un réalisateur peut contrôler lorsqu’un film qui comporte un message extrême est tourné dans des conditions extrêmes. Tout comme Willard, il tergiverse au moment de boucler le film, il doute du bien-fondé de sa démarche. Tout comme Willard, devenir Kurtz lui fait peur, mais il finit par sauter le pas.

Coppola reviendra du tournage bouffi d’orgueil, régnant sur son film comme Kurtz sur son empire d’indigènes, ne tolérant que SA vision comme seule vision valable de la guerre et son film comme seul digne de remporter les récompenses, à Cannes ou ailleurs.

Au final, cette réédition accompagné du documentaire nous permet de voir à quel point il s’en est fallu d’un fil pour que Apocalypse Now vive un désastre similaire au Don Quichotte de Terry Gilliam. En dépit de toutes les catastrophes accumulées, Coppola a joué sa santé mentale et physique ainsi que la plupart de ses possessions matérielles pour que son film voie le jour. Selon plusieurs sources, il n’accepte de venir présenter son film à Cannes en 79 qu’à la condition de remporter la palme d’or, qui lui sera accordée ex-æquo avec Le Tambour. Que cette anecdote soit vraie ou pas, retrospectivement, n’est pas d’une grande importance…

Apocalypse Now, avec Voyage au Bout de l’Enfer, en 78, lancera la grande mode des films critiques sur l’Amérique et sa guerre perdue au Viêt-Nam.

Apocalypse Now de Francis Ford Coppola | Scénario de Francis Ford Coppola, John Milius et Michael Herr d’après l’oeuvre de Joseph Conrad | Photographie de Vittorio Storaro | Musique de Carmine Coppola, Francis Ford Coppola et Mickey Hart | Avec Martin Sheen, Marlon Brando, Frederic Forrest, Robert Duvall, Sam Bottoms, Albert Hall, Laurence Fishburne, Dennis Hopper, G.D. Spradlin, Harrison Ford | Etats-Unis | 1979 | 202 min. | Guerre


Le Rédacteur

Dimrost
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3 Commentaires


  1. avatar
     

    « crise cardiaque » c’est la version politiquement correcte d’ »OverDose », non ?

    Sinon bon … Coppola est un génie, et pas seulement en terme de mise en scène. Je suis assez persuadé que malgré tout, ce serait difficile pour lui de réaliser un blockbuster comme un autre (c’est un peu pareil pour Dracula, par exemple) : on trouvera toujours quelque chose de plus profond que ça, de philosophique en quelque sorte. Du coup, et même si je pense qu’en s’engageant sur ce projet (qui aurait même pu être laissé à Lucas, je crois), il ne pouvait pas s’attendre à ce que ça allait donner (et qui aurait pu ?) mais on ne pouvait pas non plus s’attendre à une succession de séquences plus badass les unes que les autres de sa part. A mon avis, et sans vouloir remettre en cause les difficultés du tournage ou le pari personnel qu’il a pris : il ne s’est pas fait prier pour entretenir sa propre légende, et il est doué pour ça aussi le bougre.

    Une autre anecdote assez stupéfiante, rétrospectivement :

    http://4.bp.blogspot.com/_0yTZYQezVzA/S-Iz00FM7SI/AAAAAAAADyE/pn7wKEo0GsA/s1600/4557079475_282b87b82d_o.jpg





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