Le Gamin au vélo de Jean-Pierre et Luc Dardenne
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Sortie le 18 mai 2011
Habitués du Festival de Cannes aussi bien en sélection officielle qu’au palmarès, les frères Dardenne ont une nouvelle fois convaincu le jury de cette 64ème édition et décrochent ainsi le Grand Prix pour Le gamin au vélo, cité comme « leur film le plus abouti » par de nombreux critiques. Déjà auréolés de deux Palmes d’or respectivement pour Rosetta (1999) et L’Enfant (2005), Jean-Pierre et Luc Dardenne confirment la justesse et la singularité de leur cinéma avec ce « conte moderne»1 qui ne laisse assurément pas indifférent. La Belgique en été, Cécile de France et le concerto n°5 de Beethoven : autant d’éléments qui s’éloignent des habitudes du duo belge sans pour autant marquer une rupture dans leur filmographie.
Cyril, bientôt 12 ans, est « temporairement » placé en foyer pour enfants par son père. Dès lors, il n’a plus qu’une idée en tête : le retrouver. Dès la première scène (sans doute l’une des plus réussies) on comprend que ce gamin, n’est pas prêt de s’en sortir : accroché au combiné du téléphone il refuse de raccrocher devant l’insistance de l’éducateur tandis que se répètent les multiples « ce numéro n’est plus attribué ». Difficile pour un enfant d’admettre que son père a déménagé sans lui laisser une adresse ou un moyen de le retrouver. C’est tout simplement inconcevable pour l’enfant et c’est malheureusement admis pour le personnel éducatif (et le spectateur !).
À part hausser les épaules et faire une moue compatissante pour ce pauvre gosse livré à lui même et fermé aux autres, personne ne s’occupe vraiment de lui. Comment s’y prendre avec cet enfant au vécut déjà trop lourd, comment apaiser sa colère pourtant légitime ? Cyril rencontre Samantha à la suite d’une énième fugue en vue de retrouver son père. C’est elle qui va lui racheter son vélo. Ellipse narrative (on remarquera l’indéniable fluidité de ce film) : Cyril passe désormais tous ses week-end chez elle, dans l’ancien quartier de son père, proche des souvenirs qui entretiennent la volonté intacte qu’a Cyril de le retrouver. Finalement et avec l’aide de Samantha il va se rendre au nouveau domicile de son père (Jérémie Renier) et se heurter à sa lâcheté. Samantha, dont on ne connaît pas les intentions, va par la suite accepter d’accueillir Cyril non plus seulement les week-end. Cette omission de la part des réalisateurs de ne pas fouiller dans la psychologie du personnage est volontaire, revendiquée et ne dessert absolument pas le film. De ce fait, le spectateur éprouve une réelle compassion mais ne s’apitoie pas sur le sort des personnages.
Mouvements de caméra à l’épaule, comme pour s’ajuster à la hauteur de l’enfant, de ce gamin au vélo qui avance et qui à défaut d’avoir un père, s’est trouvé une mère adoptive. On envisage la suite. Un élan optimiste sur fond de drame grâce à une femme. Toute une esthétique avec des plans rapprochés sur le vélo, des paysages d’été (une première chez les Dardenne !). Un vélo ça ne parle pas mais ça roule, ça avance. Tout un symbole, ici, « le gamin au vélo » ou le gamin qui se relève après un coup (autant physique que moral notamment à la toute fin du film). « La fuite, la course en avant à la recherche de l’amour »2 voilà ce que représente le vélo du jeune garçon.
La musique dans les films des Dardenne se fait rare. Ils sont en effet conscients du pouvoir qu’a la musique pour souligner l’émotion, l’utiliser à outrance n’est donc clairement pas dans leur habitudes. Dans ce dernier film, une mélodie revient à quatre reprises, à quatre moments bien précis. Il s’agit d’un extrait du concerto n°5 de Beethoven. Cette mélodie récurrente est là comme pour accompagner Cyril.
« Dans un conte, il y a forcément un parcours, avec des émotions et des relances. Il nous a semblé que, à certains moments, la musique pouvait agir comme une sorte de caresse apaisante pour Cyril. »
La relation père-fils (et toute sa difficulté) est un thème récurrent chez les frères Dardenne : La Promesse, Le Fils, L’Enfant puis Le Gamin au vélo. Avec respectivement Jérémie Renier (ici le père) dans le rôle du fils face à son père, odieux, incarné par Olivier Gourmet (ici patron de bistrot antipathique) dans La Promesse puis Jérémie Renier face au « fardeau » de la paternité dans L’Enfant. Un casting irréprochable avec à sa tête Thomas Doret, pour sa première apparition à l’écran, bouleversant. Ainsi, Le gamin au vélo marque la première collaboration entre Cécile de France et le duo belge. D’une manière plus générale le choix d’intégrer une actrice connue au casting est une nouveauté.
Le Gamin au vélo s’inscrit dans la continuité d’une filmographie originale propre aux frères Dardenne qui prolongent à l’infini le thème de la filiation.
Le Gamin au vélo de Jean-Pierre et Luc Dardenne | Scénario de Jean-Pierre et Luc Dardenne | Photographie de Alain Marcoen | Avec Cécile de France, Thomas Doret, Jérémie Renier, Olivier Gourmet, Fabrizio Rongione, Egon Di Mateo | France, Belgique, Italie | 2011 | 87 minutes | Comédie dramatique | Distribué par Diaphana Distribution | Crédit photographique : Diaphana Distribution












































