Case Départ, de Lionel Steketee

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Posted 11 juillet 2011 by Dimrost in

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by Dimrost
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Thomas Ngijol et Fabrice Eboué sont sûrement les deux mecs les plus marrants issus du Jamel Comedy Club, ils scénarisent leur premier film, Case Départ, un film drôle, donc, mais avec un sujet plutôt lourd à un moment où la France baigne dans un communautarisme et un racisme ambiant: l’esclavage, avec, bien sûr, l’éternel problème: comment faire rire d’un sujet on ne peut plus sérieux?


Régis et Joël sont demi-frères. Régis est métis, et intégré jusqu’à la moëlle, il est employé municipal, il rit aux blagues racistes de son patron, et cache ses origines. Joël, lui, est un prototype de racaille: il sort de prison pour de menus larcins, ne veut pas travailler, et le racisme est son excuse pour expliquer la situation. Leur père étant mourant, ils vont aux Antilles pour assister à ses derniers instant. Ils reçoivent en héritage l’acte d’affranchissement de leurs ancêtres, anciens esclaves, et le déchirent de mépris. Leur tante leur fait remonter le temps en 1780, dans des Antilles qui ne sont alors qu’une plantation géante qui exploite les esclaves venus d’Afrique.

 

C’est difficile de savoir rire de sujets très sérieux. Le piège dans lequel on tombe souvent, c’est qu’on rit beaucoup au début, mais que la fin du film ressemble à une prise de position moralisatrice. Ngijol et Eboué font ce film dans l’esprit de l’humour qu’on leur connaît depuis le Jamel Comedy Club: de l’humour très noir, sans concessions, et surtout dans une liberté de parole qui est plus dans la tradition de Groland que dans celle des comiques français auxquels on est habitué ces derniers temps. Le début du film, qui sert à poser les personnages de Régis et Joël, est assez caricatural, le noir racaille, et le noir intégré à outrance, mais il est surtout non seulement très drôle, mais aussi très critique de ces deux façons de vie complètement opposés. Au principe vieux comme le monde du duo improbable à la Grande Vadrouille ou La Chèvre se superpose d’entrée un regard critique sur le positionnement de ces deux personnages dans la société française, qui sont montrés comme peu dignes d’un passé qui n’est quand même pas anodin.

Ramener deux noirs d’aujourd’hui dans une société dans laquelle il est normal pour tout le monde qu’ils ne soient rien d’autre que des esclaves, fallait quand même oser. Bien sûr, le film est une leçon sur leurs origines pour les deux personnages, qui devront apprendre comment retourner à leur époque, et la fin pourrait passer pour un peu convenue comparée au reste du film, mais l’humour n’est jamais dilué par le propos plus engagé dont il fait preuve tout du long.

Ce qui fait bizarre, pendant tout le film, c’est que ceux qui s’en prennent plein la gueule, c’est surtout les deux personnages principaux, comme si le propos n’était pas « l’esclavage, c’est mal! », mais plutôt « Voilà ce qu’on a subi, c’est un héritage qui se vit dignement ». Ce qui était sûrement le bon angle à prendre. Pour des gens de la génération de Ngijol et Eboué (et de la mienne), dire « le racisme ou l’esclavage, c’est mal », c’est un propos stupide, c’est comme de dire que le ciel est bleu ou que Colonel Reyel devrait être privé d’autotune. Le film n’est pas là pour dénoncer le racisme, ou l’esclavage mais les deux comiques semblent plutôt vouloir dire qu’il se combat aussi de l’intérieur.

Alors bien sûr, un sujet comme ça, ça ne va pas sans controverses, et on a vu quelques antillais se prononcer pour un boycott du film (souvent avant de l’avoir vu), mais c’est peut-être aussi ça, qui est agréable, le côté on gratte là où ça fait mal, sans concessions pour personne de Ngijol et Eboué, qu’on leur connaissait déjà, mais qu’ils ont réussi à exporter au ciné, dans une comédie qui relève un peu le niveau au moment où sort l’élève ducobu et autres niaiseries convenues adaptée de personnages de BD ou autres.

 

Case Départ de Thomas Ngijol, Fabrice Eboué et Lionel Steketee | Scénario de Thomas Ngijol, Fabrice Eboué  et Jérôme L’hotsky | Photographie de Jean-Claude Aumont | Musique d’Alexandre Azaria | Avec Fabrice Eboué, Thomas Ngijol, Stefi Celma, Eriq Ebouaney, Etienne Chicot, Catherine Hosmalin, David Salles, Franck De La Personne, Joséphine de Meaux, Franck Migeon | France | 2010 | 94 min. | Comédie | Distribué par Mars Distribution | Crédit photographique :  Mars Distribution

 


Le Rédacteur

Dimrost
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Un Commentaire


  1. avatar
     

    Vu.
    J’ai rigolé, mais je m’attendais à un peu plus de « private joke » antillaise (plus de créole, etc.).
    Bon après j’ai pas réussi à rire à des moments (genre dans le négrier, où tous les esclaves sont entassés dans la cale), qui m’ont trop rappelé mes cours d’école primaire aux Antilles, quand on nous faisait découvrir l’horreur qu’ont connu les esclaves.
    On m’en avait dit beaucoup de bien, mais ce sont des métropolitains qui m’en ont parlé, et je crois avec le recul qu’on a un regard vraiment très différent. J’ai été plus touchée et émue parfois, alors qu’il fallait juste rire. Je comprends que certains antillais boycottent ce genre de film, même si je ne cautionne pas la démarche. Ce n’est pas toujours facile à regarder quand on a grandi dans la culture antillaise. Bon, c’est pas non plus Amistad, certains passages sont bien drôles. On a même eu des applaudissements dans la salle à un moment du film.





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