Slowdive, rêveries pop
Il est souvent fait référence, dans les Chronicles of the Gaze, à My Bloody Valentine et Slowdive, qui restent pour moi les deux piliers de la popularisation de ce qui a été appelé shoegaze. Si un article sur My Bloody Valentine a déjà été fait ici, il restait à parler de l’autre grand du genre.
Slowdive commence avec Rachel Goswell et Neil Halstead. Les deux viennent de Reading, sont fans des Smiths, des Cocteau Twins, et ils vont en baver comme rarement un groupe labelisé Shoegaze va en baver.
Le groupe démarre en 89, lorsque la presse invente le terme shoegaze pour parler d’un peu tout ce qui précède le mouvement britpop au Royaume-Uni. Alors dans les clous de ce qui se fait de mieux à ce moment-là , le groupe sort un premier EP éponyme de seulement trois morceaux. Nappes de guitares distordues, voix sur-reverberisées, ce premier opus est un mélange classique entre les Cocteau Twins et Jesus And Mary Chain, et il plaît pas mal, à l’époque. Il faut dire que, bien que classique, ce mélange inaugure la capacité de Slowdive à produire une ambiance complètement éthérée dans un son complètement nineties, une sorte de jonction entre deux époques, en somme.
Slowdive - Avalyn
Les choses se corsent après. Le groupe sort son premier album Just For A Day en 1991. Et en plein déferlement de la vague britpop, le shoegaze n’a plus bonne presse, et il n’est accepté que dans son expression la plus bruitiste et expérimentale avec la sortie du Loveless de My Bloody Valentine la même année. Trop pop pour être du shoegaze, trop shoegaze pour être de la pop, Slowdive subit des critiques d’une violence inouïe, qui culminera avec la célèbre phrase du chanteur des Manic Street Preachers qui dit « qu’il détestera toujours Slowdive encore plus que Hitler ». Just For A Day est pourtant un petit chef-d’oeuvre, avec toujours ce mélange entre les sons aériens et les guitares plus lourdes, la voix de Rachel Goswell et celle de Halstead qui se parlent et se répondent, coulées dans la reverb.
Slowdive - Primal
C’est dans cette campagne de détestation populaire que Slowdive va s’atteler à leur prochain album, mais avec cette fois, la collaboration de Brian Eno à la prod, et pour la compo de certains morceaux. Souvlaki, sorti en 1993, sera un peu le monument du groupe. L’album s’ouvre sur Alison, petit joyau pop qui est largement trompeur (de manière voulue?) sur le contenu du reste de l’album. Souvlaki est souvent très sombre, parfois joyeux, le minimalisme côtoie les arrangements plus recherchés, l’acoustique côtoie les guitares distordues. Mais les chansons ont toutes en commun de sembler flotter dans les airs, en suspension, et c’est sûrement en ça que cet album est un chef-d’oeuvre. Que ce soit dans les nappes de guitares de Machine Gun, le minimalisme de Dagger, la violence (toute relative, hein, on n’est pas dans le métal) de When The Sun Hits, la pop d’Alison ou le Delay de Souvlaki Space Station, on est toujours embarqué dans un espèce de voyage dans l’ether et le rêve.
Slowdive – Souvlaki Space Station
Slowdive - When The Sun Hits
La suite va encore se corser. Leur absence d’étiquetage dans un créneau musical bien défini à l’heure ou Oasis, Blur, Suede, ou Nirvana sortent leurs premiers gros disques leur vaudra d’être lâchés par leur label, Creation, alors en proie à une quasi-faillite suite au coût d’enregistrement du Loveless de My Bloody Valentine, et qui refuse alors de miser le moindre penny pour l’enregistrement, la promo ou les concerts de Slowdive. Neil Halstead replie le groupe dans un style electro minimaliste, et sort Pygmalion en 1995, le dernier album du groupe. De l’aveu de Halstead, l’album est largement influencé par le fait qu’il passait cette partie de sa vie à aller en club bourré d’extas. Encore plus incasable que les autres albums à une époque où le mélange entre rock et électronique n’existait pas, ou quasiment, Pygmalion passe complètement inaperçu à l’époque. Le côté éthéré est toujours là , mais dans un cadre ambient quasiment austère.
Slowdive - Blue Skied An’ Clear
Neil Halstead, Rachel Goswell et Ian McCutcheon (batteur du groupe depuis 1994) sont allés signer chez 4AD pour former Mojave 3, aux compos très influencées par la country et le folk, et Halstead et Goswell ont sorti chacun deux albums solo, Simon Scott (batteur entre 89 et 94) a eu plusieurs projets dont Televise, groupe de dreampop sympatoche et Christian Savill (guitariste) est depuis dans Monster Movie, super groupe de noisepop.
Que reste-t-il de Slowdive aujourd’hui? Le groupe est révéré comme une influence majeure grâce à leur son si particulier dans Just For A Day et Souvlaki, Pygmalion a un statut quasi-culte de précurseur du rock electro. Leur impopularité si violente dans les années 90 était due au fait qu’ils ne rentraient ni dans la case shoegaze, ni dans la case britpop, mais le recul les a établi en tant que pilier d’un genre parallèle, la dreampop, tels des repreneurs de la flamme des Cocteau Twins comme My Bloody Valentine l’a été pour Jesus And Mary Chain.
Just for a Day de Slowdive est disponible sur Amazon.fr. Souvlaki est également disponible, tout comme Pygmalion




































Ce qui est bien, c’est que je n’ai tellement pas l’oreille fine que Slowdive me fait un peu penser à Tamaryn.
Ben c’est on ne peut plus justifié! Tamaryn, c’est un peu la relève dans le genre!
Un groupe de plus à mettre dans ma collection, je ne connaissais pas et j’adore ça me rappelle plusieurs autres groupes que j’écoute comme : Arcade Fire, CSS ou encore Sigur Ros. Merci Dimrost!