Super 8 de J.J. Abrams
Sortie le 3 août 2011
J.J. Abrams a beaucoup de fans. Comme pour Steve Jobs. Il se peut même que ça soit un peu les mêmes. C’est la nouvelle génération. Oser critiquer Abrams ou Jobs relève du doux délire dans un certain milieu. Au risque de se faire voler dans les plumes éternellement. Pourtant, hormis la série Alias qui avait posé quelques bases, on ne peut pas dire que le monsieur dispose de beaucoup de flèches à son arc. C’est juste qu’il est au bon moment, au bon endroit. Un peu comme Michael Bay, malgré le succès mitigé de son troisième Transformers (comme quoi, il fallait bien Megan Fox pour faire venir les foules, si on n’était vraiment manichéen). Alors avec le buzz de Super 8, qui a concurrencé celui de Tintin, on voit Abrams partout. Lui et sa bonne tête de geek américain. Produit bien sûr par Spielberg qui a très envie de revenir sur le devant de la scène à travers différents projets (il est un peu partout), cette Å“uvre, si le qualificatif peut s’appliquer pour un film américain de l’été, cherche à surfer sur la nouvelle vague de la nostalgie des années 1980, qui, après avoir envahie la musique, s’attaque maintenant au cinéma. Pauvre de nous…
Été 1979, une petite ville de l’Ohio. Alors qu’ils tournent un film en super 8, un groupe d’adolescents est témoin d’une spectaculaire catastrophe ferroviaire. Ils ne tardent pas à comprendre qu’il ne s’agit pas d’un accident.
Peu après, des disparitions étonnantes et des événements inexplicables se produisent en ville, et la police tente de découvrir la vérité… Une vérité qu’aucun d’entre eux n’aurait pu imaginer.
Super 8 - Bande annonce – 2011
Une jolie coquille vide ?
Que penser lorsque le générique final arrive ? Que l’on a devant nous un très très joli produit, très bien calibré, assez bien rythmé et filmé. Qu’Abrams soit un très bon faiseur, cela ne fait aucun doute. Il connaît son métier ainsi que les spectateurs et surtout les téléspectateurs. Si au cinéma, ses films ne sont souvent qu’une reprise de pas mal de choses déjà faites auparavant, à commencer par son Star Trek, il a contribué à redonner aux séries un second souffle salutaire, comme d’autres avec lui. On ne peut évidemment pas lui enlever ça. Mais le public des séries est moins exigeant que celui du cinéma, porte monnaie oblige.
Alors il convient de s’attacher une partie du public assez réfractaire à son cinéma parce que justement, il passe plus de temps à copier/coller ce qu’il a aimé qu’à composer de nouvelles partitions. Et c’est ainsi que son Super 8 est un hommage appuyé à toute une série de films datant de ces « merveilleuses » années 80′, à commencer par ceux de Spielberg (Rencontre du troisième type, ET…) mais aussi de Colombus (grand scénariste dans les années 1980 puisqu’on lui doit Les Goonies mais aussi Le Secret de la pyramide, coaché par Spielberg). L’hommage est évident, jusqu’aux fringues des mômes de l’époque. Les décors aussi. La musique itou. Il ne manque juste qu’un supplément d’âme. Celle de la spontanéité.
Car il faut dire que c’est ici que ça foire un tantinet. Si à l’époque, les enfants qui jouaient n’étaient pas encore des enfants star, c’est-à -dire et surtout des acteurs qui avaient déjà écumé tous les castings qui comptent, ce n’est plus aujourd’hui le cas. Ils savent jouer et ce sont déjà des vieux routiers dans le métier. On pense en premier lieu à Elle Fanning, sÅ“ur de Dakota, qui a déjà pas mal roulé sa bosse du coté de Sophia Coppola (Somewhere sorti en début d’année) mais qui tourne surtout depuis 1999 (alors qu’elle est née en 1998…). Aussi, elle sait jouer. C’est une actrice. Mais déjà plus une enfant ni une ado comme tout le monde. Le reste du casting est dans la même veine. Nous sommes loin des gestes empruntés ou spontanés des acteurs des films dont Super 8 rend hommage dans les années 80′. Les enfants ne sont plus les mêmes. Les spectateurs sûrement non plus. Hormis les vieux. Mais ce film s’adresse pourtant aussi à eux.
Si Super 8 a l’air d’une coquille vide, c’est justement à cause de ce problème de génération. A l’époque, ces films étaient nouveaux. Moins durs. Axés sur la famille. C’était le vœu de Spielberg qui plaçait, à cette époque, les enfants au milieu de toute l’histoire. Avec les conflits parentaux que cela engendre. Cela a même créé une kyrielle de film de genre, à savoir les comédies de famille dont Disney n’a eu qu’à s’inspirer pour bâtir sa fortune au moment où il fallait une relève. On ne peut nier l’impact de Spielberg, tout comme celui de Lucas, dans le film entertainment. Il est de bon ton de lui rendre hommage.
Geek un jour… geek toujours.
Mais Abrams est aussi un geek. Ou tout du moins, un monsieur qui connaît le public. Et le public adore les monstres. Comme on n’a pas inventé de très jolis montres depuis les Alien et Predator, il s’est rendu compte que faire un savant mix des deux allait lui permettre de se constituer une galerie de jolis monstres, à commencer par celui de Cloverfield, dont il est le producteur1.
Super 8 n’échappe pas à la règle et le monstre apparaîtra de plus en plus comme dans le film cité plus haut, au fur et à mesure de l’histoire. Technique éprouvée qui permet de garder le spectateur en haleine. Connaître le public est un gage de succès. Abrams le connaît, ce qui tombe très bien.
Mais alors qu’est ce qu’on peut bien lui trouver à ce film ?
Et pourtant Super 8, en cherchant à boxer dans la catégorie des « films nostalgiques à grand spectacle » permet de passer un bon moment. Il est évident qu’on ne sortira pas de là en ayant vu un chef d’œuvre (sauf si on est de mauvaise foi). L’histoire se tient. La reconstitution aussi. La ville nous rappellera forcément quelque chose si nos souvenirs sont bons. Il manque juste des punch lines comme on disait à l’époque. Un supplément d’âme aussi. Une façon de renouer avec le passé qui, comme en France avec le délire sur la guerre des boutons2, a toujours un petit coup du « c’était mieux avant ». Alors il est facile de rester dans les clous.
Le mérite de Super 8 est d’au moins avoir faire un hommage appuyé. Et d’avoir coller les zombies. Et d’avoir au moins cité Romero. C’était aussi important (d’ailleurs, il y a aussi du Romero dans ce film et notamment sa nuit des fous vivants mauvaisement remaké l’année dernière par The Crazies et qui avait justement bénéficié d’une « plus-value de production » ). Et finalement, le meilleur moment, comme Very Bad Trip, réside peut-être dans son générique.
Super 8 de J.J. Abrams | Scénario de J.J. Abrams | Photographie de Larry Fong | Musique de Michael Giacchino | Avec Kyle Chandler, Joel Courtney, Elle Fanning, Riley Griffiths, Ryan Lee, Gabriel Basso, Zach Mills, Ron Eldard, Joel McKinnon Miller, Jessica Tuck | Distribué par Paramount Pictures France | Crédit photographique : Paramount Pictures France
- On oublie jamais que le producteur aux États-Unis est aussi important que le réalisateur, sauf si on s’appelle Nolan, Spielberg ou Jackson aujourd’hui [↩]
- Deux remakes pour le prix de deux cet automne… oui en France on a des idées et du talent… [↩]














































J’aime cette phrase : Il ne manque juste qu’un supplément d’âme. Celle de la spontanéité.
Merci Amoth ! J’ai donné tout ce que j’ai pu
Très déçu.
J’étais emballé au début par cet effet « rétro », j’avais l’impression de voir un film à l’ancienne, de quand j’étais petit.
Et puis en fait non. Et puis en fait, y’a pas grand chose dans ce film, sinon des enfants insupportables qu’on a envie de gifler toutes les 5 minutes.
On dirait les goonies 2011
Oui, Super 8 a trop été vendu. Trop ceci, trop cela… ce qui fait que passer l’exercice de style, on trouve le temps long…