La Piel Que Habito de Pedro Almodóvar
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Sortie le 17 août 2011
Pedro Almodóvar fait partie de ces cinéastes devenus cultes, qui, comme Tarantino ou Kitano, jouissent d’un gigantesque parterre de fans qu’ils ne déçoivent jamais. Malgré le talent indéniable du plus connu des cinéastes espagnols, ses deux derniers films sonnaient un peu comme une redite, en particulier Etreintes Brisées, et il était inquiétant de voir son cinéma se transformer en caricature de lui-même. Deux ans après, il revient avec La Piel Que Habito, un film aux accents hitchcockiens qui le réconciliera peut-être avec ses non-fans.
Robert Ledgard est un chirurgien de génie, il a fait fortune en remodelant le corps de vieilles bourgeoises vieillissantes, et vit dans un immense domaine qui lui sert également de laboratoire et de bloc opératoire. Il travaille sur la création d’une nouvelle peau, résistantes aux brûlures, aux moustiques, qu’il présente à ses collègues. Testée sur des souris, il n’attend plus que leur aval pour la tester sur des humains, ce qui lui est refusé. Ce que ses collègues ne savent pas, c’est qu’il y a Vera, enfermée dans une chambre de son domaine avec la complicité de Marilia, sa servante, sur qui il a déjà testé sa nouvelle peau et qui lui sert de cobaye.
Ce qui frappe d’entrée dans La Piel Que Habito, c’est comme le film ressemble peu à ce qu’on pense être un film d’Almodóvar. Le héros est grand, masculin, taiseux, charismatique, constamment porteur d’une menace intérieure. La photographie, loin des couleurs bigarrées qu’on trouve habituellement chez le cinéaste est sombre et claustrophobique, bref, les premières minutes du film donnent le ton: on est dans un thriller hitchcockien sur fond d’expérimentations médicales, ce qui semble déjà casser avec le passé du cinéaste. Si, stylistiquement, ses films ont toujours lorgné vers les films noirs, les polars, et les thrillers du cinéma anglo-saxon des années 50-60, toutes ces références étaient plus ou moins noyées dans les thèmes, les couleurs, et les dialogues d’Almodóvar, qui est habituellement un scénariste plutôt bavard et explicatif. Là, tout est laissé en suspend, au-dessus de la tête du spectateur. Même une fois le personnage de Vera arrivé dans le tableau, cette atmosphère de thriller et de danger reste, et on se dit qu’on tient le Matchpoint d’Almodóvar, tout comme à un moment, Woody Allen a su sortir d’une « routine » cinématographique pour renouveler ses thèmes, son style, et sa narration.
Malheureusement, Almodóvar n’est pas Woody Allen, et il ne peut s’empêcher de conserver quelques-uns des clichés de son cinéma: il suffit de voir arriver le fils de la servante, un fou hypersexuel en cavale vêtu d’un costume de tigre jaune fluo pour se dire que toutes ces bonnes impressions s’écroulent comme un château de cartes. Après une demi-heure de non-dits, de thriller, de film noir, on assiste à un dialogue explicatif de vingt minutes sur les intentions et l’histoire de Robert, et, c’est reparti sur les mères qui cherchent leurs fils, les fils qui cherchent leurs mères, les déchirures jamais complètement refermées, et toute la thématique habituelle depuis 20 ans chez Almodóvar. On pourrait se dire que c’est dommage, ça y est, le film est foutu, mais il faut reconnaître que ce mec est doué pour écrire un scénario et jouer avec ce que le spectateur attend de lui.
Car le point central, c’est l’histoire de Vera, la cobaye, enfermée contre son gré (vraiment?) sur laquelle Robert expérimente. Là aussi, des thèmes bien Almodovariens sont présents, dont il ne faut rien dire ici pour ne pas spoiler le film. Malgré tout les habituels retournements et révélations qui donnent ce côté un peu kitsch assumé de feuilleton télé aux films d’Almodóvar, La Piel Que Habito garde un aspect perturbant et inquiétant tout le long, en grande partie grâce à un Antonio Banderas qui porte le film sur ses épaules, un véritable bloc aux fissures et aux vulnérabilités qui se révèlent petit à petit, Cary Grantien à souhait, qui donne beaucoup au film de cette atmosphère et de cette ambiance.
Sans avoir pu s’empêcher d’y mettre au moins en partie ce qui l’obsède depuis vingt ans, l’identité sexuelle, les relations de pouvoirs, de domination, la mise en abîme, Almodóvar a su faire passer les personnages et leurs histoires avant, cette fois-ci, ce qui au final conjugue assez bien ce qu’on attend d’un de ses films tout en évitant ce qui étaient devenus les clichés du film Almodovarien.
La Piel que Habito de Pedro Almodóvar | Scénario de Pedro Almodóvar et Agustín Almodovar d’après l’oeuvre de Thierry Jonquet | Photographie de José Luis Alcaine et Luis San Narciso | Musique d’Alberto Iglesias | Avec Antonio Banderas, Elena Anaya, Marisa Paredes, Jan Cornet, Roberto Álamo, Blanca Suárez, Eduard Fernàndez, José Luis Gómez, Bárbara Lennie, Susi Sánchez | Espagne | 2011 | 117 min. | Thriller et drame | Distribué par Pathé Distribution | Crédit photographique : Pathé Distribution










































Ca fait un bail que j’ai pas vu un Almodo…
Pas trop trop Amoldovarien… ouais si on prend en compte l’inspiration de The Human Centipede pour le côté séquestration + expérience sur les humains.
Même si j’ai beaucoup aimé ce film, je reproche tout de même au Pedrito de mal avoir amené le twist, que j’ai pour ma part vu arriver à des milliers de kilomètres. Pas assez subtil ou trop d’indices? Je sais pas, mais je tenais aussi à souligner l’inutilité totale de Marillia, qui a été bien trop mal exploité par rapport à ce que le perso aurait pu apporter (à part ouvrir la porte au début pour faire avancer l’intrigue).
Ouais, c’est justement à partir du moment où tu « comprends » que ça commence à devenir horrible…
Et, ouais, le perso de Marillia, c’est ce que je disais, en fait, le perso de la mère, typiquement almodovarien, le truc qu’il a déjà fait vingt fois, quoi, le truc qui sert à rien…