Retour sur la présomption d’innocence dans l’affaire d’Outreau
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Sortie le 7 septembre 2011

Présumé Coupable est l’adaptation fidèle du livre d’Alain Marécaux « chroniques de mon erreur judiciaire » paru en 2005. C’est par cette phrase, que le film relate la lente mais brutale descente aux enfer d’Alain Marécaux, huissier de justice respecté à Outreau. Réalisateur, scénariste, dialoguiste, adaptateur, Vincent Garenq a endossé tous les rôles avec brio pour les besoins de son film .
Personne n’a pu échapper au scandale de l’affaire d’Outreau. Deux couples diaboliques, violaient leurs propres enfants et les livraient à la prostitution. Cette affaire monstrueuse est restée dans les esprits de tous et a choqué toute l’opinion publique, que les gens soient parents ou pas.
Le film s’ouvre par Alain Marécaux, interrogé par le juge Burgaud, déclinant son identité, son métier, sa vie de famille. Des flashbacks décrivent chaque scène de son quotidien avec tendresse et labeur.
Philippe Torreton qui interprète le rôle d’Alain Marécaux est accablant de vérité. Il semblerait qu’il ait prit possession du « personnage » jusqu’à le devenir et son interprétation est magistrale, poignante, émouvante poussant le réalisme à modeler son corps en maigrissant à l’extrême lors de la grève de la faim d’Alain Marécaux, épuisé moralement par plus d’un an de détention.
Caméra à l’épaule, la réalisation se fait à la façon documentaire comme si un journaliste avait décidé dès la garde à vue d’Alain Marécaux de suivre cet huissier sans histoires. On le suit, face caméra, lors de ses auditions. La brutalité des policiers nous heurte, mais l’imbécile ignorance de ce juge incapable, fraîchement sorti de l’école blesse et révolte. L’ignominie de ce juge va mener Alain Marécaux dans ses retranchements et le pousser à attenter à sa vie plusieurs fois. Le milieu carcéral n’est pas épargné. La proximité, la surpopulation des cellules, les fouilles au corps, l’adaptation à une communauté qui n’est pas familière, rien n’échappe au spectateur.
C’est l’horreur de la solitude face aux rouages d’une justice incapable d’humanité broyant l’être humain, le cassant, ne lui laissant pas même un espoir.
Le juge Burgaud, incarné par Raphaël Ferret, est impeccable dans son jeune costume de magistrat froid et immature dans ce genre d’affaire, l’infamie suant de tous ses pores. Jeune acteur, ce film pourrait être son tremplin si l’on enlève la perfection de son interprétation de salaud qui pourrait lui coller à la peau comme Audrey Tautou qui restera à jamais Amélie Poulain.
A contrario, Philippe Torreton, grand acteur de cinéma et de télévision, éminent comédien et sociétaire à la Comédie Française, a l’avantage d’avoir pu se glisser dans différents personnages et de jouer la dérision, la comédie ou la tragédie. Ce film restera pour lui l’ascension à la nomination du César du meilleur acteur et surement à l’obtention de ce trophée lors de la prochaine cérémonie en 2012. Il ne joue pas Alain Marécaux, il est Alain Marécaux. Il est l’huissier débordé de travail, il est le papa aimant, et le mari dévoué. Il est aussi l’accusé innocent, le papa déchiré par le placement de ses enfants, le mari plaqué par sa femme au téléphone, le prisonnier seul, l’homme sans raison de vivre. Son jeu est parfait. Pas une fausse note, pas une mauvaise interprétation de sentiments. L’amaigrissement de Philippe Torreton est surprenante mais nécessaire pour être Alain Marécaux, il faut vivre la faim, la décomposition du corps pour juste essayer d’effleurer sa détresse, la comprendre et enfin, la jouer. C’est tout simplement parfait. On se surprend à penser que l’on se trouve dans sa cellule, dans la salle de tribunal, dans le bureau du juge.
Impossible de terminer cet article sans aborder la bonde son qui est inexistante. Aucune chanson lancinante pour tirer les larmes, aucun roulement de tambour à l’énoncé des jugements. Rien. La bande son se compose uniquement des bruits alentours. Des machines à écrire, des bruits de couloirs, des clés qui se tournent dans les serrures, des paroles, des cris, des dossiers qu’on ouvre et referme. Cette originalité amène le spectateur dans la cellule d’Alain Marécaux, dans les hôpitaux qui l’ont soigné, dans le bureau du juge et les tribunaux. La bande son du générique de fin est le serment d’Alain Marécaux pour sa fonction d’huissier puis jusqu’à la fin, des bruits de couloirs.
C’est la musique qu’a entendu Alain Marécaux durant toute son incarcération. Durant ses interrogatoires. Ses auditions. Ses hospitalisations. Il n’était jamais seul. Toujours, même lorsqu’il rêvait à ses enfants, lorsqu’il lisait leur lettres ou regardait leur photos, des bruits de couloirs interféraient avec ses souvenirs heureux.
Présumé coupable de Vincent Garenq | Scénario de Vincent Garenq d’après l’oeuvre d’Alain Marécaux | Photographie de Renaud Chassaing | Avec Philippe Torreton, Wladimir Yordanoff, Noémie Lvovsky, Raphaël Ferret, Michelle Goddet, Farida Ouchani, Olivier Claverie, Kevin Tholliez, Loris Rouah, Charlotte Ghristi | France | 2011 | 102 min. | Drame | Distribué par Mars Distribution | Crédit photographique : Mars Distribution










































il faut sauver le soldat Torreton !
Sinon, je sens que je vais me faire la doublette Omar m’a tuer et Présumé coupable (amusant il y avait le même titre pour un film avec Douglas l’année dernière) en DVD dans la même soirée.
Plus que celui sur Le Moine ?
c’est trop de la bombe cet article !!
Ca, c’est clair que beaucoup de gens ont aimé cet article. Bon, après, est-ce que le film sera autant aimé, telle est la question
(et j’ai 172 « like » chez moi, encore mieux !).
j’ai envie de te dire oui. Car celui là il est vraiment trop top. et que sur le moine, quand j’écrivais, dans mon esprit restait greffé ce que tu sais !
et pi celui là , il est vraiment, vraiment bien. en toute modestie, hein !
toute façon, avec 164 « like », c’est LE meilleur article !