The Artist de Michel Hazanavicius
Les Plus:
Original, drôle, touchant, tout est parfait !Les Moins:
Histoire peut-être un peu trop « prévisible »Sortie le 12 octobre 2011
Le projet s’avérait délicat, casse-gueule, courageux, fou : un film muet, en noir et blanc et français qui plus est ! Pourtant, The Artist s’avère l’un des meilleurs films de ces derniers mois, grâce au talent de Michel Hazanavicius, réalisateur des deux OSS 1171 et qui retrouve une nouvelle fois Jean Dujardin, au sommet de son art – récompensé par le prix d’interprétation masculine au dernier Festival de Cannes – ainsi que Bérénice Béjo, qui mérite tout autant un prix. Hazanavicius réussit-il le difficile pari de faire un troisième film qui reprend les codes d’un cinéma déjà existant pour en faire quelque chose de vivant ?
Hommage au Septième art des années 1920, The Artist narre l’histoire d’amour entre George Valentin (Jean Dujardin), vedette de cinéma muet, et Peppy Miller (Bérénice Béjo), une jeune figurante qui va devenir une véritable star du cinéma parlant, concept auquel George refuse de participer. C’est grâce à lui qu’elle débute dans le milieu, c’est pendant son ascension qu’il sombre dans l’oubli…
Si le pitch de départ n’est pas forcément très alléchant, le film jouit d’une solide réputation, à commencer par son triomphe au Festival de Cannes et l’ensemble des critiques élogieuses qui ont suivi. Celle-ci ne fait qu’ajouter sa pierre à l’édifice. The Artist offre, paradoxalement, un « nouveau » cinéma. Amateur ou non de film muet, on (re)découvre un long-métrage où la mise en scène et où le jeu des acteurs sont encore plus primordiales. La musique envoûte chaque séquence, on sourit souvent, on a les larmes aux yeux, puis on sourit de nouveau, puis un pincement au cÅ“ur se ressent ; un enchaînement d’émotions en continu. C’est rare, c’est envoûtant.
Le duo français Dujardin/Béjo fait mouche, le reste du casting – américain – vient sublimer le récit : John Goodman2 incarne un producteur grognon et drôle ; James Cromwell3 en chauffeur/domestique de Georges, très attachant, comme toujours et même Malcom McDowell (Orange Mécanique) fait une courte apparition.
Tourné « évidemment sans prise de son » 4, le réalisateur reconnaît un « pari risqué parti d’une idée un peu folle ». Mais un concept qui a immédiatement séduit Thomas Langmann, fils de Claude Berri, déjà producteur de films français à grand budget, tels Astérix aux Jeux Olympiques, mais surtout le diptyque sur Mesrine. « Je n’ai eu aucun doute, j’ai tout de suite voulu financer ce film, j’ai adoré son histoire, j’avais confiance en Michel », assure le jeune homme, heureux de voir son film salué par le public et la critique.
Jean Dujardin révèle à nouveau son immense talent : il joue de différentes façon dans The Artist, son rôle de George Valentin, mais aussi son rôle de « Georges Valentin acteur », une mise en abîme subtile, dont on perçoit toute la différence à l’écran : « il n’y a pas de secrets, je ne me rends pas compte de cette différence de jeux, je suivais surtout les directives de Michel ! »
Les acteurs avaient un texte, pour qu’on puisse lire sur leurs lèvres les principaux dialogues, pour le reste ils étaient libres, « John Goodman improvisait énormément par exemple ! », explique le réalisateur. Dujardin reconnaît qu’il a eu « l’honneur de jouer avec des pointures américaines, mais qu’au final il n’était pas si impressionné que ça : « chacun faisait son boulot, dans une bonne ambiance, c’était fantastique ! »
Le projet est plus qu’ambitieux, en parlant du cinéma américain de la fin des années 20, c’est du cinéma tout entier qu’Hazanavicius veut parler. La transition du son dans le cinéma a engendré l’industrie hollywoodienne, et, avec elle, le cinéma tel qu’on le connaît aujourd’hui. Ce retour à la genèse est fait avec le même procédé que dans les OSS 117 : photographie, musiques, costumes et jeux d’acteurs. On va même jusqu’à simuler les saccades de l’image des films de l’époque, qui tournaient à bien moins que vingt-quatre images par seconde. Tout est filmé à Los Angeles et tout est fait pour que cela paraisse le plus authentique possible. Les connaisseurs repéreront sans problèmes les multiples références aux films muets, comme les films de Douglas Fairbanks, sur lesquels la carrière de George Valentin semble plus ou moins être calquée.
Une fois posée toute cette fidélité à ce cinéma et à cette époque, ça ne fait pas un film pour autant. Comme dans les OSS, Hazanavicius réussit à apporter beaucoup de fraîcheur dans ce qui aurait pu être un assemblage indigeste. Ici, le but n’est pas de jouer à « trouver la référence » dans la moindre affiche, mimique, ou scénette. Plutôt qu’être un film savant, The Artist essaye de correspondre à une idée que les gens se font du cinéma muet. Peu de gens connaissent bien cette période-là du cinéma5. Mais ses codes sont bizarrement présents dans tous les esprits à travers des souvenirs, ou par les films de Chaplin, qui doivent être les seuls films muets avec ceux de Buster Keaton et de Murnau6 à être encore diffusés régulièrement à la télévision.
Quand on dit « film muet » à quelqu’un, irrémédiablement, il lui vient en tête le jeu d’acteur exagéré qui compensait la parole, les cartons de textes, la musique d’orchestre grandiloquente, l’image saccadée, le noir et blanc. Plutôt qu’à des références conscientes, Hazanavicius cherche à réveiller une espèce d’histoire présente en chacun de nous, ou presque, comme une madeleine de Proust. C’est ce qui fait en grande partie que la magie opère, ça, et le charme du duo d’acteur Dujardin-Béjo, plus vrais que nature. L’histoire en elle-même est somme toute banale, la tragédie de la star du muet qui n’arrive pas à faire la transition du parlant, c’est un scénario-type qui existe, justement, depuis l’apparition du cinéma parlant.
Mais en le mélangeant à un humour et à des codes tout à fait modernes, complètement dans le style caractéristique aux OSS toutes les barrières sautent. En plus d’avoir réveillé les films muets présents, dans son inconscient, le spectateur moderne y pénètre, et vit l’histoire. Il suffit- de voir la dispute silencieuse entre George et sa femme, ou la sublime scène du cauchemar pour se rendre compte que bizarrement, on est à la fois complètement dans un film muet des années 20-30, et dans une comédie moderne.
Malgré une fin un peu convenue, le pari est réussi et Hazanavicius a officiellement fait du film-hommage sa spécialité. The Artist est une Å“uvre originale, touchante mais qui n’est pas réservée à un public cinéphile. Le grand public peut y trouver son compte, s’il accepte de partir dans cette aventure humaine, historiquement riche dans l’histoire du cinéma. Cette transition de l’époque du muet au parlant, la même que vivront Chaplin et Keaton, cette période qui changera le monde du septième art à tout jamais.
Et d’ailleurs pourquoi pas une projection avec un orchestre dans la salle ? Comme dans les années 20′ justement ! « Si le film marche, si le succès est là , alors pourquoi pas vers la fin de l’exploitation, en guise de remerciements… » conclut le metteur en scène…. l’avenir le dira. Et c’est tout ce qu’on peut lui souhaiter7.
The Artist de Michel Hazanavicius | Scénario de Michel Hazanavicius | Photographie de Guillaume Schiffman | Musique de Ludovic Bource | Avec Jean Dujardin, Bérénice Bejo, John Goodman, James Cromwell, Penelope Ann Miller, Missi Pyle, Beth Grant, Joel Murray, Malcolm McDowell, Ed Lauter | France | 2011 | 100 min. | Romance, drame et comédie | Distribué par Warner Bros. France | Crédit photographique : Warner Bros.
- Où il excelle dans l’art de l’hommage/pastiche et même plus tôt avec Le Grand Détournement, qu’il est impossible, apparemment, de ne pas évoquer quand on parle de lui. [↩]
- Barton Fink, The Big Lebowsky et vu récemment dans Gigantic [↩]
- Larry Flint, Six Feet Under, The Queen et dont le dernier film remonte à Clones [↩]
- Les propos qui suivent ont été recueillis lors de l’avant-première exclusive organisée par le site allociné. [↩]
- Celui qui écrit ces lignes le premier. [↩]
- Friedrich Wilhelm Murnau était un réalisateur allemand connu pour ses films tels que Nosferatu le Vampire, Le Dernier des hommes, L’Aurore ou encore Tabou. [↩]
- Article écrit par SanJi Pink et Dimrost. [↩]






















































Dujardin, il prouve qu’il est un vrai acteur.
tu peux partir de brice de nice et te retrouver à jouer le meilleur rôle de l’année et le faire avec brio.
sa palme était méritée.
Quand je vois la bande annonce et que je lis l’article, ça donne l’impression que c’est un film sur la vie de Max Linder et Charlie Chaplin.
Grâce au formidable travail de direction de la photo effectuée par Guillaume Schiffman!
C’est marrant, j’ai pas du tout penser à OSS et même plutôt carrément à Bébel à travers pas mal de costumes portés par le personnage de Georges Valentin. Enfin bref on accole sûrement les références qu’on veut bien.
Sinon c’est un chouette film, sûrement pas aussi bon que la presse et Cannes l’avaient annoncé, dans le sens où, finalement, je n’ai pas eu l’impression de voir un film si original que ça. Mais c’est peut-être justement ça qui est bien … globalement, le film a souvent le cul entre deux chaises entre hommage et modernité, entre gags et romance, et si la sauce n’est pas tout à fait homogène, finalement tout passe.
Le fermier lui permit de jouer un rôle capital il devrait rester dans l
C’est cool pour Dujardin :
http://blog.cadependdesjours.com/2012/01/golden-globes-2012-le-palmares.html