La Vie rêvée des plantes de Lee Seung-U – Le secret de l’amour dans un cache-pot
Lee Sung-U est un écrivain Sud-Corréen né en 1959. Journaliste, puis écrivain, La Vie rêvée de plantes est son deuxième ouvrage. Il enseigne aujourd’hui la littérature coréenne et l’écriture. La vie rêvée des plantes raconte un amour fraternel difficile entre un homme complexé par la réussite de son frère plus âgé, doué pour ses études, excellant dans son loisir de photographe et amoureux d’une jeune musicienne.
Le jeune Kihyon vit sa vie de jeune étudiant fumiste sans complexe. Il n’aime pas grand-chose, ne se passionne pour rien et a l’impression que son existence n’intéresse personne. Pas même ses propres parents, absents dans leur rôle de tuteur. Toutefois, il remarque que sa mère idolâtre son frère aîné, Uhyon qui lui, ne pose aucun problème.
Uhyon est un étudiant brillant qui a une passion : la photographie de reportage. Il va souvent se mêler aux différentes manifestations contre le régime en place et prend en photo les visages des étudiants, l’armée essayant de disperser les manifestants, les arbres. Pourtant dérangeantes, ses photographies restent à l’abri dans sa chambre. La vie pourrait continuer ainsi, l’un stagnant dans sa médiocrité et l’autre dans son excellence si un jour, Uhyon n’était pas tombé amoureux d’une jeune musicienne, Sunmi. Malgré elle, elle se mettra entre les deux frères, les séparant inexorablement.
Kihyon tombe peu à peu amoureux de la jeune fille qui ne prête pas attention à lui. Bientôt, ses journées seront rythmées par les allées et venues des amoureux. Lorsqu’ils se retrouvent au domicile familial, il écoute, transi, les chansons composées par la jeune fille et, lors de leurs sorties, il se faufile dans la chambre de son aîné pour y s’enivrer du parfum fruité de Sunmi et observer les photos pour y trouver une trace du visage de son aimée. Mais un jour, étourdi par le parfum, il s’endort et son frère le réveille, à force de coups de pieds et d’insultes. Ce jour là , Kihyon prendra la décision irrévocable, pense-t-il, de quitter le domicile familial et, pour financer son voyage, vend l’appareil photo de son frère à un marchand peu scrupuleux en y laissant la pellicule.
Quelques années plus tard, devenu détective, il est mandaté par un mystérieux commanditaire pour surveiller sa mère. Et ce qu’il découvre en rentrant va bouleverser sa vie comme celle de toute sa famille.
Lee Seung-U livre ici un roman magnifique sur l’amour teinté de tendresse pour les plantes et d’un lourd secret familial. Prodiguant des caresses à ses plantes, le père, pourtant personnage secondaire du livre, nous apprend comment vivre et aimer. La clé du livre, c’est lui. Ce père silencieux, qui regarde tout au long de la journée des émissions télévisées sur le jeu de Go et s’enferme dans son jardin pour parler à ses plantes, les caresser, les aimer. Quelle meilleure façon que d’apprendre à aimer dans le silence d’un jardin, à prodiguer des soins à une « autre » qui ne vous rendra jamais la pareille pour peu que vous n’ayez pas cette sensibilité à fleur de peau qui vous permettrait d’« entendre » la plante vous parler, vous répondre d’un tressaillement, vous parler à travers ses fleurs écloses, offertes au grand jour, délivrant un parfum enivrant ou discret qui vous oblige à vous rapprocher au plus près d’elle pour le sentir ?

































