Conditions of my Parole de Puscifer
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Un album varié, on ne s'ennuie jamais.:
Peut-être encore un peu difficile d'accès pour les non-habitués...À l’instar d’un autre grand chanteur rock/metal, Mike Patton, on ne peut pas dire que Maynard James Keenan soit du genre à aimer se reposer sur ses lauriers. Chanteur vénéré de tous sur Tool, surprise sur A Perfect Circle, il ne se laisse pas le temps de souffler et crée, en deux coups de cuillère à pot, Puscifer, projet musical et, plus globalement, artistique et culturel s’articulant autour de la personnalité de Maynard ainsi que de celle de tous ses acolytes − et ils sont nombreux.
Puscifer est un projet difficile à synthétiser, tant et si bien qu’il vaut encore mieux laisser la parole à son créateur, qui déclare : « [Puscifer is] simply a playground for the various voices in my head, [...] a space with no clear or discernible goals, [...] where my Id, Ego, and Anima all come together to exchange cookie recipes.1 » Des voix marquées sur album par des personnages issus d’univers aussi divers que variés, tels que Tim Commerford et Brad Wilk  de Rage Against The Machine, Tim Alexander de Primus, l’actrice et ex-modèle Milla Jovovitch, Josh Freese et Alessandro Cortini de − entre autres − Nine Inch Nails, Trey Gunn de King Crimson, Joey Jordison de Slipknot… Un joli foutoir, qui va néanmoins aboutir à un premier album, V For Vagina, en 2007.
Album des plus surprenants s’il en est : Maynard nous avait jusqu’alors habitué à des lignes de chant passionnées, des envolées lyriques d’une force impressionnante (10,000 Days, Eulogy, Lateralus, Schism ou encore le final de Rosetta Stoned chez Tool ; 3 Libras, Judith, The Outsider ou la reprise The Fiddle and the Drum avec A Perfect Circle). Il change littéralement de registre sur V For Vagina et propose dès le premier titre, Queen B, des lignes de chant profondes, dans un répertoire vocal qui ne quitte que très rarement le registre baryton. Un album résolument déroutant, aux sonorités flirtant allègrement avec l’Electro (l’intro de Dozo, les percussions de Momma Sed, Indigo Children…), le Rock Indus (Trekka) ou le Jazz (Rev 22:20). Maynard ne se refuse rien et certainement pas la diversité.
Quatre ans plus tard et après une tournée se cantonnant au sud-ouest des États-Unis, les musiciens retournent dans les caves de Caduceus Cellars, sa marque de vin, elle aussi associée au projet Puscifer − de même qu’une ligne de vêtements et autres accessoires à l’effigie du groupe − et commencent à composer ce qui deviendra Conditions of my Parole, annoncé il y a quelque mois via Spotify avec la sortie d’un premier single, Man Overboard, un titre qui − du moins en apparence − conservait les particularités de V For Vagina : ligne de chant dans les basses, utilisation de sons electro… Mais les apparences sont trompeuses et Maynard prend tout le monde à contrepied vers le milieu du morceau, lors d’un refrain surprenant de richesse et de force, jusqu’à un final absolument génial où la guitare vient renforcer de bien belle façon les lignes de chant qui se superposent et se répondent en permanence. L’album promettait alors d’être bon, très bon.
Conditions of my Parole s’ouvre sur Tiny Monsters, un titre orienté electro sur lequel Maynard pose d’emblée le ton : si Man Overboard, bien que génialement construit, ne perdait pas les fans du groupe, il n’est pas question que Puscifer se répète, l’heure est à la diversité. Une tendance que le brillant Green Valley, sorte de fausse balade country − un écho-clin d’Å“il à Momma Sed et ses accents Texans, peut-être ? −, vient confirmer sans souci. Maynard y abandonne ce baryton qu’il maîtrise à la perfection et introduit de magnifiques harmonies que la voix de Carina Round vient compléter de bouleversante manière. Une fois encore, on sent le goût du bonhomme pour le travail harmonique et mélodique dans un très beau contrepoint final.
Les chansons se suivent et ne se ressemblent pas, ce que Monsoons puis Telling Ghosts viennent immédiatement confirmer, le premier étant une balade electro lancinante et le deuxième un manifeste rock aux guitares quasi-omniprésentes. Horizons n’inverse pas la vapeur et s’impose comme un titre majeur sur cet album, malgré ses sonorités définitivement empruntées au R&B − un outrage qui ne manquera probablement pas de faire hurler les fans de Tool, ceux-là même qui pensent détenir les clés de ce qu’un chanteur de la trempe de James Keenan devrait proposer. Ce qui rappelle immédiatement Mike Patton, une fois de plus, et les vives critiques des aficionados de Faith No More ou Mr Bungle qui ont successivement honni Fantomas, Tomahawk ou, plus récemment, Moonchild avec John Zorn, Peeping Tom ou Mondo Cane.
Maynard James Keenan peut tout faire et ne compte manifestement pas se gêner, qui l’en blâmerait ? D’autant qu’il fait les choses avec une aisance, ainsi qu’un second degré − comme en atteste le livret de Conditions of my Parole où il apparait en taulard vulgos, un comble quand on voit à quel point sa musique respire la liberté − rares et précieux. Une liberté qui va permettre à l’album de se conclure sur deux perles successives, Oceans et Tumbleweed les bien-nommés. Envoutante balade electro pour le premier, hymne folk au leitmotiv amusant se concluant admirablement pour le second. Tout est dit, tout est là , promesse tenue : Puscifer vient tout juste de commettre un chef d’Å“uvre.
- Littéralement, « [Puscifer n'est] qu’un terrain de jeu pour les différentes voix dans ma tête, [...] un espace sans but clair ou précis, [...] où mon Ça, mon Moi, et mon Anima se retrouvent pour échanger des recettes de cookies. » [↩]




































Un chef d’oeuvre.. ne pas se fier à la pochette tres laide ! Que ca fait du bien aux oreilles …