Contagion de Steven Soderbergh
Après quatre films sortis en France en 20091, Steven Soderbergh se devait de faire une petite pause.  Le célèbre réalisateur, qui comme Brad Pitt récemment, a indiqué qu’il mettrait un terme à sa carrière de metteur en scène2 a décidé de revenir sur le devant de la scène avec un film aux apparences de série-B, Contagion. S’il a été souvent comparé à Traffic, il reste néanmoins en deça, donnant plus l’impression de ne pas être terminé…
Beth (Gwyneth Paltrow) se délecte d’un plat de porc à Hong Kong, trompe rapidement son mari (Matt damon) lors d’une escale à Chicago puis rejoint le domicile conjugal à Minneapolis où elle meurt brutalement. Porteuse d’un virus inconnu, elle a eu le temps de le propager puisqu’il se transmet par voie aérienne. Elle est bientôt suivie par des d’autres cas, et d’autres, et d’autres… Une pandémie dévastatrice explose ainsi à l’échelle du globe. Au Centre de Prévention et de Contrôle des Maladies, des équipes se mobilisent pour tenter de décrypter le génome du mystérieux virus, qui ne cesse de muter. Le Sous-Directeur Cheever (Laurence Fishburne), confronté à un vent de panique collective, est contraint d’exposer la vie d’une jeune et courageuse doctoresse, le docteur Erin Mears (Kate Winslet).
Tandis que les grands groupes pharmaceutiques se livrent une bataille acharnée pour la mise au point d’un vaccin, le Dr. Leonora Orantes (Marion Cotillard), de l’OMS, s’efforce de remonter aux sources du fléau. Les cas mortels se multiplient, jusqu’à mettre en péril les fondements de la société, et un blogueur militant provoque une panique aussi dangereuse que le virus en déclarant qu’on « cache la vérité» à la population.
Il y  a toujours eu deux Steven Soderbergh. Le premier, le cinéaste indépendant, celui de Sexe, mensonges et Vidéo et porté par l’expérimentation et les messages3 . Le Second, celui de la trilogie Danny Ocean, Hors d’atteinte ou encore Erin Brockovich, Seule contre tous, films destinés à un plus large public. Au milieu de cela, des oeuvres comme Traffic, qui ont emporté tant l’adhésion du public que celle des critiques et du monde du cinéma. Contagion se situe donc à mi-chemin entre les deux courants de l’auteur.
Contagion n’est d’ailleurs pas à proprement parler un mauvais film. Sans être un chef d’oeuvre et un modèle du genre, de (très) bonnes idées y sont présentes, à commencer par le rôle — et le triste sort — de Gwyneth Paltrow. Le réalisateur s’est fait plaisir, malgré la portée du sujet, et cela se voit4. L’aspect froid et très factuel ensuite, assez réaliste, sur l’affrontement de la pandémie par les différents acteurs. Paltrow n’est d’ailleurs pas la seule à écorner un peu son image. On peut penser également à Law qui se paye le luxe d’avoir une mauvaise dentition — que le réalisateur s’est amusé à filmer sous plusieurs angles —, pour coller au mieux à son personnage (un blogger influent sur la toile) et éviter que l’on voit en lui l’égérie de divers produits de luxe.
Si Contagion est loin d’être le seul film à traiter de la pandémie, comme en témoignent les différents longs métrages récents5, il est celui qui cherche le plus à être fidèle à la réalité. Un peu comme Le Nouveau protocole, avec Clovis Cornillac, film passé inaperçu, qui nous dépeignait l’envers du décor de la guerre que se livrent les différents laboratoires pharmaceutiques. S’inscrivant dans cette veine du film réaliste, il ne séduira donc pas un public avide de sensations et d’émotion.
Par ses prises de vues, sa photographie volontairement « froide » que le réalisateur, comme souvent, prend en charge lui-même et sa musique se situant dans la lignée de Solaris, Contagion essaie de montrer, à travers différents points de vue, l’essor et les tentatives d’enrayer la pandémie. Mais Contagion n’est pas du niveau de Traffic, dont il reprend le procédé des destins croisés des protagonistes, à commencer par le rôle un peu inutile de Cotillard. Le film semble quelque peu inabouti et le faux rythme sur lequel il se situe peut troubler le spectateur.
Avec son casting cinq étoiles, le dernier Soderbergh reste intéressant. S’il ne convaincra pas un large public comme celui d’Intouchables, le dernier film à la mode français, il évite l’écueil du sensationnalisme en cherchant à coller au plus près de la réalité en cas de propagation d’un virus mortel. Ne cherchant pas non plus à faire dans la série B ni plus généralement dans le film de genre des années 1990 sur tous les fléaux planétaires, Contagion est une demie réussite qui saura séduire un public un brin plus exigeant que celui des blockbusters et autres films français « téléfilmesques ».
- Les deux parties du Che, The Informant ! et The Girlfriend Experience. [↩]
- Interview dans Télécinéobs du 12 au 18 novembre 2011. [↩]
- Son remake de Solaris, The Girlfriend Experience ou encore Full Frontal s’inscrivent dans cette veine. [↩]
- On passera sous silence une autre scène qui a fortement déplu aux spectateurs présents, pour éviter de trop en dévoiler. [↩]
- On peut citer Alerte ! (1994) de Wolfgang Petersen, Je suis une légende (2007) de Francis Lawrence ou encore Les Derniers jours du monde (2009) des frères Larrieu, traités chacun sous des angles et dans des genres assez différents. [↩]



















































