Abattoir 5 de George Roy Hill
Sortie en DVD le 1er Juin 2011
Entre deux gros films connus du grand public que sont Butch Cassidy et le Sundance Kid et L’arnaque, George Roy Hill avait sorti un film un peu plus confidentiel nommé Abattoir 5. Basé sur le roman du même nom de Kurt Vonnegut, l’œuvre raconte l’histoire de Billy Pilgrim, capable de voyager aussi bien dans le passé que dans le futur, entre Dresde pendant la Seconde Guerre Mondiale et sur une planète inconnue qu’est Trafamaldore. Plongeon au cÅ“ur d’un voyage hors du commun.

Situons avant tout l’œuvre dans son époque. Lors de sa sortie en 1972, c’est le scandale du Watergate qui éclate et lentement la guerre du Vietnam touche à sa fin, le peuple américain marquant avec bien plus de velléité son désaccord vis-à -vis de l’intervention US dans cette région asiatique. C’est donc dans un contexte politique très mouvementé que le film sort.
Il est très difficile de classifier le film de Hill. Oscillant parfaitement entre l’humour, le fantastique, le drame et la guerre, Abattoir 5 se révèle avant tout une formidable Å“uvre humaniste. Billy Pilgrim semble ne pas avoir énormément de chance. Capturé par les Allemands durant la contre-offensive de 1944, il est envoyé à Dresde pour travailler en tant que prisonnier de guerre. Il sera présent lorsque la ville sera bombardée et réduite à néant par les forces Alliées. Son présent n’est pas des plus joyeux non plus, avec un mariage où il ne semble pas s’épanouir. Seul le futur, sur cette planète étrange, semble lui convenir.
George Roy Hill propose pour la peine un montage éclaté, très réussi, permettant au spectateur de voyager dans le temps comme le fait Billy. Ce choix apporte pas mal de rythme à son film. Le cinéaste proposant d’ailleurs de superbes transitions pour passer d’une époque à l’autre. De plus, le film peut compter sur une superbe B.O. signée Glenn Gould.

Dans ce film, tout est question de métaphores. Abattoir 5 pourrait être à la guerre du Vietnam ce qu’était La vie est belle de Frank Capra à la Seconde Guerre mondiale. Tout d’abord, le titre du film rappelle que l’on envoie des soldats se faire tuer comme du bétail. Le fils de Billy, dans son présent, est devenu militaire et sert au Vietnam. L’œuvre se veut être avant tout un véritable pamphlet antimilitariste.
D’une part, l’ennemi n’est pas toujours celui qu’on pense. Le temps de sa captivité, Billy devra bien plus se méfier d’un soldat américain qui cherche à le tuer que des Nazis. Pas question de manichéisme dans ce film. C’est d’ailleurs une des grandes forces de Hill, que de dépeindre parfaitement l’Allemagne de l’époque. Une population qui souffre elle aussi des ravages de la guerre, des soldats Allemands pas si monstrueux que cela et enfin les S.S., hommes cruels par excellence qui viennent contrebalancer le tout.
La représentation des soldats soviétiques est également très intéressante. Dans un camp de prisonniers, un soldat américain affublé d’un costume ridicule sacralise déjà ces hommes comme étant l’ennemi de demain. Pourtant, Hill s’attarde à les montrer avant tout comme des simples hommes, souffrant en plus de conditions de détention bien plus épouvantables que les soldats Alliés.

Abattoir 5 se veut aussi être une critique de la société contemporaine de son époque. La femme de Billy s’attache uniquement aux objets frivoles et parle constamment de faire un régime qu’elle ne fera jamais. Leur fille suit exactement le même chemin que la mère alors que leur fils est un petit délinquant avant de devenir le soldat que l’on sait.
On pouvait craindre avec cette fable une moralisation ou de la naïveté. Sur ce point on est totalement rassuré car Hill trouve constamment la justesse nécessaire pour ne pas sombrer dans ces défauts. Le montage éclaté aide par exemple à ne pas sombrer dans le pathétique ou la longueur lors du bombardement de Dresde. Le personnage naïf de Billy est en totale opposition avec la dure réalité. Enfin, l’œuvre propose aussi énormément d’humour par l’absurde, parfois très proche du burlesque.

Quid alors du futur et de cette autre planète ? A nous de l’interpréter comme bon nous semblera. En effet, Abattoir 5 possède une pluralité de lectures vraiment intéressante. Est-ce une invention de la part de Billy ? Cette planète est-elle réelle ou tout se joue t-il uniquement dans l’imagination du personnage ? Nous pouvons toutefois interpréter ce futur comme étant meilleur. Car n’oublions pas que c’est sur cette planète que Billy se sent le mieux. Encore un écho au présent où Hill semble dire que si les temps sont durs, le meilleur reste à venir.
Pas étonnant donc qu’Abattoir 5 ait pu se trouver rapidement un public fidèle et qu’au fil des années, il ait atteint un statut de film culte. C’est en tout cas une petite pépite comme nous aimerions en voir plus souvent, une Å“uvre intemporelle qui mérite sans aucun doute la réputation qu’il a acquise.
Abattoir 5 de George Roy Hill | Photographie de Miroslav Ondricek | Musique de Glenn Gould | Avec Michael Sacks, Sharon Gans, Sorrell Booke, Holly Near, Gary Waynesmith, Peter King, Eugene Roche, Ron Leibman, Roberts Blossom | Etats-Unis | 1972 | Durée: 99 minutes | Comédie, Drame, Science-fiction | DVD édité par Opening | Suppléments : Le pèlerin d’Oz par Jean-Baptiste Thoret (15 min), Film annonce | Zone 2 | Audio: Français – Anglais, Son : Stéréo, sous-titres Français | Format 1.85 – 16/9 compatible 4/3 | Film en Couleurs |



































