Les Lyonnais d’Olivier Marchal
Sortie le 30 novembre 2011
Enfin ! Enfin un film d’Olivier Marchal où le mélodramatique et l’émotion forcée cèdent un peu la place à une action appuyée et une histoire crédible. Si ses précédentes œuvres avaient pu laisser un gout amer dans la bouche, par une (trop grosse) débauche d’effets en tout genre (ralentis appuyés, musique larmoyante pour suggérer la grosse émotion et un univers de « flic tous pourris » un peu trop accentué), Les Lyonnais, inspiré de la vie d’Edmond Vidal et du célèbre Gang des Lyonnais1, est incontestablement le film d’une certaine maturité cinématographique, la série Braquo ayant sûrement aidé à passer le cap.
De sa jeunesse passée dans la misère d’un camp de gitans, Edmond Vidal, dit Momon (Gérard Lanvin), a retenu le sens de la famille, une loyauté sans faille et la fierté de ses origines. Il a surtout conservé l’amitié de Serge Suttel (Tchéky Karyo), l’ami d’enfance avec qui il découvre la prison à cause d’un stupide vol de cerises. Avec lui, inexorablement, il plonge dans le Grand Banditisme et connaît l’apogée du Gang des Lyonnais, l’équipe qu’ils forment ensemble et qui fait d’eux les plus célèbres braqueurs du début des années soixante-dix. Une irrésistible ascension qui prend fin en 1974, lors d’une arrestation spectaculaire.
Aujourd’hui à l’approche de la soixantaine, Momon essaye d’oublier cette période. Sa rédemption, il l’a trouvée en se retirant des « affaires ». En prenant soin de Janou (Valeria Cavalli), son épouse, qui a tant souffert à l’époque et de ses enfants et petits enfants, tous respectueux devant cet homme aux valeurs simples et universelles, lucide et pétri d’humanité. A l’inverse de Serge Suttel, qui malgré le temps n’a rien renié de son itinéraire… Et Momon va devoir replonger dans ce qu’il avait fui depuis plusieurs années déjà , pour sauver Suttel, en souvenir de leur amitié.
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Les Lyonnais – bande annonce – 2011
Une des premières choses à souligner dans ce film est son absence de jouer sur le coté « carte postale » de la ville de Lyon : avec un tel titre, on pouvait craindre de longs plans sur les monuments qui fondent la capitale des Gaules. Il n’en est rien ici et on distingue à peine certains quartiers, certaines rues familières aux habitants de cette ville. Résolument ancré dans une histoire de famille, le film de Marchal cherche aussi à séduire le cinéphile habitué aux films de mafieux avec sa première longue séquence sur une fête en forme de très gros hommage au Parrain de Coppola. Sans atteindre la maestria de ce dernier, on sent que le réalisateur cherche à donner à son film une crédibilité cinématographique au-delà même du sujet, tiré des mémoires de l’un des principaux personnages.
À une époque où le terme de rom n’existait d’ailleurs pas encore pour le commun des mortels en France, puisqu’on lui préférait celui de gitan, le film retrace donc, à grand coup de retours en arrière dans le passé, l’histoire d’amitié entre deux personnes ayant décidé de braquer des banques sous fond d’intrigue politique. Il existe d’ailleurs pas mal de similitudes entre Les Lyonnais et le cinéma de Michele Placido, le réalisateur italien de Romanzo criminale et L’Ange du mal2. Le contexte d’abord, avec un retour dans les années 1970 et les relations entre les malfrats, ensuite (avec un grain différent pour marquer le contraste entre les deux périodes).
Mais Olivier Marchal n’arrive pas toujours à se départir de certains démons mélodramatiques avec ici, en lieu et place des longs plans appuyés sur la souffrance des personnages comme dans 36 Quai des Orfèvres, des séquences de flashbacks qui ne sont pas toujours très judicieuses. Mais au-delà de ça, le film, entre fiction pure3 et éléments factuels historiques, emmène le spectateur dans une histoire d’amitié virile et sans concession. Un cinéma de Melville revisité, en quelque sorte, avec des personnages féminins secondaires bien trempés et une volonté de redonner au polar un coté ambitieux et quelque peu jouissif.
Marchal, avec Les Lyonnais, confirme qu’il est ainsi le maître du polar français. En faisant la part belle à des acteurs d’une certaines trempe, à commencer par Gérard Lanvin et Tchéky Karyo4, mais aussi à des acteurs un peu moins connu comme Dimitri Storoge (énorme en Edmond Vidal jeune) ou encore l’abonné des seconds roles en France, François Levantal. Si certaines mauvaises langues pouvaient comparer Les Lyonnais au Grand Pardon d’Alexandre Arcady, force est de constater que l’impact visuel et l’intensité dramatique du film de Marchal est à mille lieu des deux films d’Arcady et, hormis peut-être la première (trop) longue séquence de la fête, il n’y a que peu de rapport entre les deux films.
Dans le paysage cinématographique français, tout comme Mathieu Kassovitz pour son Ordre et la Morale, Olivier Marchal est l’un des seul réalisateurs à proposer autre chose que des téléfilms sur grand écran5. Son style peut dérouter ou enerver mais dans ce contexte de pénurie, c’est une bouffée d’air. Et Les Lyonnais est incontestablement une bonne et agréable surprise.
Les Lyonnais d’Olivier Marchal | Scénario d’Olivier Marchal d’après l’oeuvre d’Edmond Vidal | Photographie de Denis Rouden | Musique d’Erwann Kermovant | Avec Gérard Lanvin, Tchéky Karyo, Dimitri Storoge, Daniel Duval, Patrick Catalifo, François Levantal, Francis Renaud, Lionnel Astier, Valeria Cavalli, Estelle Skornik | France | 2011 | 102 min. | Policier et drame | Distribué par Gaumont Distribution | Crédit photographique : Gaumont Distribution
- Bande ayant déjà fait l’objet d’une adaptation à la télévision, il y a de cela plus de 30 ans, avec La Traque (réalisé par Philippe Lefebvre avec Burno Cremer) d’après le roman éponyme de Jacques Derogy. Lanvin avait d’ailleurs déjà fait partie du casting à l’époque. [↩]
- Ce dernier est sorti cette année dans l’indifférence quasi générale. [↩]
- Le personnage de Suttel n’existe pas et n’est ici élaboré que pour donner un fil conducteurs à l’histoire. [↩]
- Qui refait surface après Requiem pour une tueuse en début d’année et nous rappelle donc à notre mémoire. [↩]
- On pourrait également mentionner la vague actuelle comme Alexandre Aja, Quentin Dupieux, Jean-François Richet ou bien encore Florent Emilio Siri même si ces derniers ont plus un amour pour le cinéma américain que pour le français. [↩]











































