Hugo Cabret de Martin Scorsese
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Les Plus:
Une mise en scène impeccable, des décors somptueux.Les Moins:
Un jeune acteur principal peu convainquant...Avec un peu plus d’une trentaine de films à son actif en presque 50 ans de carrière1, on peut dire de Martin Scorsese qu’il est un des derniers grands piliers, un fondateur même,  du cinéma américain moderne. Rares sont ceux parmi les cinéphiles qui, à un moment ou un autre, au détour d’une conversation, ne citent une oeuvre du maître italo-américain. Et ça n’est probablement pas pour rien qu’après tout ce temps, il réalise un premier film pour enfants, Hugo Cabret. Un façon, pour lui, de déclarer sa flamme au septième art.
Paris, 1931. Le jeune Hugo Cabret, orphelin depuis le décès tragique de son père, vit dans la gare Montparnasse et s’assure, comme son oncle qui l’a recueilli avant de disparaître à son tour, du bon fonctionnement des horloges de la gare. Il fait la rencontre d’un artisan local, qui tient une petite boutique de jouets dans la gare, un vieil homme mystérieux et taciturne qui l’accuse d’avoir volé un petit carnet de notes. Avec l’aide de la fille de l’artisan, Isabella, le jeune Cabret va à la fois prouver son innocence au vieil homme et révéler de bien surprenants secrets, notamment grâce à un automate que lui et son père ont restauré.
On est en droit de se demander, face à un tel pitch, si Martin Scorsese, réalisateur viscéral, dont les sujets sont parfois cruels, souvent violents, était le plus indiqué pour un tel film. En apparence tout du moins, Hugo Cabret est un petit film sans conséquence, gentillet et naïf. En apparence seulement, car le propos du film est infiniment plus profond : le film laisse entrevoir à quelques moments importants les cicatrices de la Grande Guerre, notamment par le grotesque personnage de l’agent de gare, blessé à la jambe et boiteux. Le petit Hugo subit l’adversité sans avoir les moyens de la combattre, si ce n’est l’aide de ses amis, Isabella en tête. Le monde des adultes, plutôt que compréhensif, se montre par ailleurs incroyablement cruel envers ce « petit voleur » qui, finalement, ne fait que lutter pour survivre et, surtout, aller au bout du rêve de son père.
Car c’est de cela qu’il est véritablement question dans le film : aller au bout de son rêve. Pour Hugo, il s’agit de faire fonctionner l’automate, de comprendre le secret qu’il cache en son sein, d’aller au-delà de sa pauvre condition et entrevoir, un court instant, l’ombre de son père. Pour Papa Georges, il s’agit de redécouvrir ses rêves, de s’assumer pleinement au travers du courage d’Hugo. Pour la petite Isabella, il s’agit là encore d’accomplir un rêve : vivre une aventure telle que, jusqu’alors, elle n’avait lu que dans les livres de ses illustres modèles. Tout ce beau monde s’articule autour du mystérieux automate et de l’Å“uvre géniale de Georges Méliès, révélation prévisible et attendue du film.
Aussi surprenant que cela puisse être de la part du réalisateur de Taxi Driver, Les Affranchis ou Gangs of New York, dont la noirceur du propos n’ont d’égal que la violence de leurs images, Martin Scorsese met admirablement en scène ce film pour enfants en le sortant justement du cadre restreint de l’enfance. Les adultes y trouveront leur compte tant les niveaux de lecture sont multiples. Les enfants y verront une fable majestueuse, pleine de couleurs et de magie. Ils y verront des personnages tantôt inquiétants, tantôt drôles, toujours touchants. Surtout, ils découvriront le travail de Méliès, un des pèlerins du cinéma par le biais des « voyages à travers l’impossible » régulièrement illustrés dans le film. Les adultes appréhenderont certainement avec plus de justesse l’univers dépeint par le réalisateur, la richesse des références mises en image : si la gare Montparnasse est quelque peu fantasmée2, le réalisateur s’amuse à y reproduire le fameux accident du train express n°56 qui eut lieu en octobre 1895 — soit 36 ans avant l’action du film — dans un rêve du jeune Hugo.
Bien que le père Scorsese cherche à noyer son propos dans une narration volontairement naïve et colorée, qu’on ne s’y trompe pas : Hugo Cabret est infiniment plus mature qu’il n’y paraît. À la façon d’un Gabor Csupo en 2007 avec Le Secret de Terabithia qui avait su se montrer incroyablement cruel pour un « film d’enfants », Martin Scorsese use avec subtilité de fausse naïveté pour, au final, livrer un véritable hommage au Septième Art en général et à Georges Méliès en particulier. Une véritable déclaration d’amour d’un cinéaste bientôt septuagénaire à son Art, à ses rêves. Nulle doute qu’il va susciter quelques vocations au passage.
- Martin Scorsese réalise son premier court métrage, What’s a nice girl like you doing in a place like this ?, en 1963. [↩]
- La gare est montrée dans le film sertie d’une immense tour abritant une horloge, ce qui n’a jamais été le cas, contrairement à la Gare de Lyon. [↩]






















































Ce qui est bien avec les monstres sacrés qui ont révolutionné le cinéma aux US, c’est qu’ils peuvent maintenant tout se permettre.
Pas encore vu ce film. J’attend l’année prochaine pour être un peu plus tranquille.
Un magnifique film.
Un tour de force que de réussir un film qui emballe enfants et adultes en ne jouant pas sur les mêmes tableaux, les mêmes ressorts.
Une déclaration d’amour au cinéma.
Faudra vraiment que je vois ce film alors.