L’herbier des fées de Benjamin Lacombe et Sébastien Perez
Benjamin Lacombe ne s’arrête plus de produire. Voici l’un de ses derniers ouvrages, réalisé avec Sébastien Perez et Françoise Mateu aux éditions Albin Michel : L’Herbier des fées. L’histoire prend donc la forme d’un herbier, tenu comme un journal de bord par le scientifique Aleksandr Bogdanovich. Dépêché par Raspoutine, il se rend secrètement dans la forêt de Brocéliande pour tenter de trouver les ingrédients qui lui permettront de fabriquer un élixir de vie éternelle.
On découvre un livre qui revêt un caractère scientifique : on y trouve des écorchés, des plantes scotchées au milieu de dessins techniques avec des mesures, des noms latins, des coupures de presse, certaines correspondances du héros… Ça ne vous rappelle rien ? On sent un gros air de déjà vu ne serait-ce que pour le sujet traité : les fées. Si on se plonge un peu dans les ouvrages existants sur ce thème, on trouve par exemple Le livre des fées séchées de Lady Cottington qui est à la fois un journal et un herbier. Mais ce n’est pas fini : certains retrouveront le goût de À la recherche de Féérie, qui se base sur la correspondance entre deux scientifiques qui explorent le monde du petit peuple. Que trouve-t-on dans les deux tomes ? Des plantes séchées, des dessins, des lettres… On retombe sur une fin assez commune au genre fantastique : le héros était-il fou ? A-t-il vraiment vu des fées ? Un air de déjà , déjà , déjà vu, donc !
Si le thème est éculé, le dessin de Lacombe, toujours très soigné, plaira aux amateurs du genre. Il y décrit de nombreuses espèces vivantes inconnues qui piquent la curiosité, leur comportement, leur mode de vie. Une des nombreuses questions que l’on peut se poser en feuilletant ce livre est : « À qui est-il destiné ? ». En effet, le dessin de Lacombe — qui a déjà réalisé un certain nombre de livres pour enfants et revisité des contes populaires — rappelle un univers féérique, enfantin, on a peu de choses vraiment monstrueuses ou rudes dans l’ouvrage. Cependant, des détails invitent à se poser la question, que ce soit dans les « écorchés » par exemple, ou dans la réalisation du livre qui comporte des choses fragiles : des feuilles de calque, des découpes très fines au laser dans des feuillages… Ces éléments ne conviennent pas vraiment à un public très jeune puisqu’ils sont vite dommageables. Le récit lui-même nous plonge dans un caractère historique connu que ne peuvent identifier de jeunes lecteurs.
Ce qui est relativement nouveau dans l’univers qui entoure le livre, c’est que certains éditeurs se sont attelés à la réalisation de la version numérique, avec quelques changements notoires. Le livre numérique n’est pas la réplique du livre papier, il est nourri par des interactions avec l’utilisateur, c’est plutôt un livre/jeu (ce qui n’est pas du tout le cas dans la version papier, c’est d’ailleurs fort dommage) qui met en scènes de courtes vidéos, du son… tout un tas de bonus malheureusement accessibles uniquement sur l’iPad. Sur l’iBook Store, L’Herbier des fées a reçu le prix du meilleur livre enrichi pour 2011. Un site dédié vous fera par ailleurs faire le tour de l’univers précieux des ouvrages ici.

































Ce qui est intéressant, je trouve, c’est la démarche globale. Lacombe et Perez ont pensé dès le départ cette oeuvre comme devant avoir des facettes multiples, papier et numérique. Et ces facettes comme devant être complémentaires et non similaires.
J’ai eu la chance de rencontrer Benjamin (pour des raisons professionnelles) au tout début de cette aventure, et l’enthousiasme qu’il dégageait pour ce travail était proprement bluffant. Surtout quand on sait par ailleurs l’enthousiasme qu’il a pour chacune de ses oeuvres
Je ne parle pas forcément de similarité : je regrette juste qu’on ne se penche plus tant sur le livre papier que sur le livre numérique. Après, oui la démarche est à saluer, et on commence à ouvrir et explorer des possibles.
j’adore le concept, je vais l’ouvrir et aller me promener à Brocéliande !
Oui concept assez original. Merci pour la découverte.