JC comme Jésus Christ de Jonathan Zaccaï
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Des acteurs à contre-emploi dans une tragi-comédie caustique.Les Moins:
Trop de sujets tuent le sujet...Dans le contexte de production actuel en France, réaliser un premier film tient de l’exploit. Pourtant, Jonathan Zaccaï n’a rien d’un novice, puisqu’il est avant tout un acteur connu et reconnu, qui a pu faire la démonstration de son talent dans des films et pour des réalisateurs aussi divers et variés que Ridley Scott avec Robin des Bois, Yann Samuel et L’Âge de raison, Christophe Blanc sur Blanc comme neige, Alfred Lot et La Chambre des morts, Anne Fontaine pour Entre ses mains, Jacques Audiard avec De battre, mon coeur s’est arrêté… Malgré tout, il aura fallu une rencontre avec Vincent Lacoste, nouvelle jeune vedette du cinéma français, pour que le personnage secondaire d’un film qu’il n’arrivait alors pas à faire produire devienne le personnage principal de JC comme Jésus-Christ. Ni une ni deux, Zaccaï écrit le scénario d’une traite, crée une société de production — Vicious, en référence à Sid Vicious, leader éphémère des Sex Pistols —, réunit une belle brochette de comédiens, tourne en deux semaines, monte le film en un mois…
JC est un jeune bachelier comme les autres, ou presque. Enfant-star, génie (auto-)proclamé du Septième Art, il remporte une Palme d’Or à 15 ans, suivi d’un César à 16 ans pour son premier long-métrage, le Cinéma se l’arrache, les plus grands acteurs veulent travailler avec lui, quel que soit le projet, aussi délirant soit-il. Il vacille ainsi entre producteurs, copains de classe, parents, call-girls, actrices-maîtresses et sa petite amie « officielle », Marie, une belle et jeune énarque de 17 ans. On suit donc ainsi un portrait, tourné par des journalistes, sur le jeune prodige. Dix jours avec l’enfant-star du cinéma, le petit génie, à le suivre dans ses péripéties, de réunions de production en rendez-vous avec ses comédiens, d’auditions en salles de classe…
Ce qui surprend en premier dans JC comme Jésus Christ, c’est la forme. Il est tourné comme un docu-portrait, façon Strip-Tease en beaucoup moins trash, du moins au départ. Car le génie, chez JC, ne vient pas sans une certaine arrogance, une impétuosité, une insouciance telles que son entourage finit par en souffrir. Ses parents tout d’abord, fatigués par les excès de leur fils, ses remarques acerbes à leur égard. Ses actrices ensuite et principalement Aure Atika, ancienne maîtresse qu’il trahit en révélant l’intimité dans un de ses films, de scandaleuse façon. Sa petite amie ensuite, qu’il n’a pas tellement de scrupules à tromper, mais envers laquelle il se montre à la fois cruel et imbuvable, mais aussi vulnérable et touchant.
Jonathan Zaccaï fait donc un film riche de thématiques : critique du système de production français en général et des producteurs en particulier ; critique de l’enfant-star/enfant-roi ; regard amusé et cynique sur le phénomène de la télé-réalité et sur la facilité déconcertante avec laquelle ces programmes peuvent verser dans le sensationnalisme, le voyeurisme les plus abjects ; drame amoureux. Toutefois, il échoue — intentionnellement ou non ? — à véritablement creuser un sujet en particulier et se contente un peu de survoler son film, sans jamais prendre une thématique à bras le corps, tant et si bien que l’on peine parfois à savoir où il veut nous amener. Le film est, dès lors, soit trop court, soit trop long : trop court pour développer un thème à son maximum ; trop long car certaines scènes, faute d’être plus travaillées ou plus profondes, peuvent sembler longues.
Côté lumière, Bruno Degrave livre une image des plus correctes, naturelle et un peu arty par moments, à l’image du personnage principal. Ici, le manque évident de moyens ne dessert pas la narration, mais l’enrichit au contraire d’un aspect documentaire totalement justifié par le propos. Manque de moyens aussi, qui réduit les possibilités musicales comme peau de chagrin, et on va dès lors se retrouver à écouter un peu trop souvent Sea-side Friends du groupe belge Ghinzu, excellent titre au demeurant, mais qui, sous l’effet de la répétition, peut finir par lasser.
Malgré ses défauts, JC Comme Jésus-Christ reste un divertissement fort agréable, une tragicomédie caustique comme on aimerait en voir plus souvent, ne serait-ce que pour voir Elsa Zylberstein de moquer d’elle-même en campant une actrice plutôt niaise, à moitié alcoolique et éprise d’un môme prétentieux. Ou Aure Atika en actrice paumée, dépressive et désespérée. Vincent Lacoste, quant à lui, reste fidèle à son image débonnaire des Beaux Gosses et interprète un rôle à sa mesure — le rôle a été finalement écrit pour lui. Un premier film prometteur qui donne envie de voir jusqu’où Jonathan Zaccaï pourra nous emmener.


















































Le docu fiction, ça va devenir un genre à part en France. On avait déjà eu droit à Moi, Michel G, Milliardaire, Maître du monde l’année dernière.