Ingrid Jonker de Paula Van der Oest

1
Posted 21 février 2012 by Cédric Le Men in Drame

Rating

Réalisation
90%


Casting
100%


Scénario
90%


Photo
95%


Musique
85%


Intérêt
95%


Total Score
93%


Genre:
 
Réalisation:
 
Avec: , , , , ,
 
 
Scénario:
 
Photographie:
 
Musique:
 
Pays: , ,
 
Distributeur:
 
Date De Sortie:
 
Année De Production:
 
Durée: 100 minutes
 
Titre original: Black Butterflies
 
Crédit photographique: Zootrope Films
 

Les Plus:

Magnifique Carice Van Houten, au sommet de son art.
 

Les Moins:

Rien à signaler...
 
by Cédric Le Men
Full Article

Nelson Mandela lui-même l’avait intronisée lors de son discours d’investiture en 1994, après vingt-sept années d’emprisonnement et une libération seulement quatre ans plus tôt. À une époque où certains politiques bien de chez nous n’hésitent pas à prétendre que les civilisations ne sont pas égales, l’Å“uvre d’Ingrid Jonker et de ses contemporains opposés au régime nationaliste sud-africain semble bien loin, en même temps que tellement nécessaire. Heureusement, Paula Van der Oest semble avoir meilleure mémoire que Claude Guéant et dresse un portrait touchant, émouvant, sincère de la poétesse dans ce Ingrid Jonker, dont le titre original, Black Butterflies, est infiniment évocateur de sa nature.

Alors qu’elle est sur le point de se noyer, Ingrid Jonker est sauvée par Jack Cope, un célèbre écrivain sud-africain. Dès lors, le couple va développer une relation riche d’amour, d’admiration reciproque mais aussi cruelle et destructrice. Car Ingrid est également une poétesse incroyablement talentueuse que son père, président de la commission de censure au parlement, méprise ouvertement, impitoyablement. De déception en défaites personnelles, malgré un succès croissant, son amour pour Jack et la reconnaissance de ses pairs, elle va sombrer lentement dans la folie, le désespoir l’envahissant peu à peu.

Relativement méconnu en France, le travail d’Ingrid Jonker est pourtant d’une richesse et d’une profondeur rares. Paula Van der Oest dresse le portrait d’une femme qui est l’incarnation de la contradiction : fière et dépendante ; définitivement opposée à son père mais désespérée d’un geste d’amour de sa part ; amoureuse aux mÅ“urs légères ; mère souvent absente mais tendre et attentive ; alcoolique d’une lucidité à toute épreuve ; une femme pleine de vie qui s’étiole peu à peu jusqu’à l’inévitable suicide, à l’âge de 32 ans, alors qu’elle est au sommet de son art et de sa carrière. Un portrait que l’actrice Carice Van Houten prend à bras le corps pour ne plus l’abandonner, un personnage qu’elle embrasse de tout son être, derrière lequel elle s’efface. Une performance formidablement nuancée qui concourt à rendre ce personnage follement touchant.

Car ce qui compte avant tout dans ce film, c’est la relation entre l’écrivain et le monde qui l’entoure. Alors qu’au début du film, elle n’écrit que des poèmes d’amour, inspirés et destinés à l’élu de son cÅ“ur, son œuvre évolue rapidement et naturellement vers une écriture engagée, en réaction à la situation politique, économique et sociale de l’Afrique du Sud du début des années 60. Jusqu’à ce qui est présenté comme le point culminant de son œuvre, l’émouvant L’enfant tué par des soldats à Nyanga, dont l’inspiration est attribué dans le film à une révolte sociale qui se fait écho symbolique des émeutes de Soweto, lors desquelles le jeune Hector Pieterson trouva la mort.

La mise en scène de Paula Van der Oest est à ce titre pleine de symboles : celui de l’eau, tout d’abord, omniprésente, tumultueuse, à l’image d’Ingrid. Les mots ensuite, eux aussi omniprésents, gravés sur les murs comme dans son esprit. Des mots qui la font vivre et, comme elle le dit elle-même, dont l’absence est déjà une mort en soi. Une mise en scène et un découpages absolument remarquables, irréprochables de justesse, doublés de plans parfaitement composés et dont la lumière, dessinée par Giulio Biccari, est d’une précision sans faille.

Malheureusement, Ingrid Jonker, malgré un propos d’une force et d’une pertinence atemporelles, risque de ne pas rencontrer le succès qu’il mérite chez nous, la faute à une distribution qui ne sera de toute façon pas proportionnelle à la qualité du film, confrontée à une surabondance de films sur-médiatisés — pour certains à raison, avouons-le, tels Cheval de Guerre ou Albert Nobbs. Toutefois, ceux qui ont la chance de pouvoir le voir doivent absolument le faire, sous peine de passer à côté d’un film d’une grande sensibilité, d’une immense finesse, interprété par des acteurs inspirés et forts d’un talent lui aussi trop méconnu chez nous.


Le Rédacteur

Cédric Le Men
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Rédacteur en chef du magazine When you have to shoot, shoot, don't talk.

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