
35e Festival International du Court-métrage – La Jetée de Chris Marker
La cérémonie d’ouverture du 35ème Festival International du Court-Métrage de Clermont-Ferrand qui avait pour objectif de présenter les membres du jury pour les trois compétitions officielles (Internationale, Nationale et Labo), a également permis de rendre hommage au réalisateur français Chris Marker décédé en juillet dernier, et à son célèbre court-métrage : La Jetée 1.
La Jetée est un photo-roman de science fiction d’une durée de 28 minutes, considéré encore à ce jour comme l’un des plus grands chef-d’oeuvres du genre par l’ensemble des professionnels et spécialistes du milieu. Richard Dumas, qui officiera en tant que Jury dans la catégorie Labo, a lui-même présenté le film comme étant « sûrement le plus beau film du monde », une merveilleuse entrée en matière pour un film qui l’est tout autant.
« L’histoire d’un homme marqué par une image d’enfance. La scène qui le troubla par sa violence, et dont il ne devait comprendre que beaucoup plus tard la signification, eut lieu sur la grande jetée d’Orly, quelques années avant le début de la Troisième Guerre Mondiale. »
C’est dans un contexte post-Troisième Guerre Mondiale que s’inscrit l’histoire de La Jetée. L’humanité est désormais contrainte de vivre sous-terre et sa survie semble alors compromise. L’homme dont il est question dans cette histoire est alors l’objet de différentes expérimentations surréalistes, censées (si elles réussissent) garantir la sauvegarde de la race humaine. Ses geôliers cherchent à le transporter dans le temps via une expérience mémorielle, afin de rentrer en contact avec les hommes du futur, pour qu’ils leur délivrent ressources et médicaments. En somme, leur but est d’appeler le passé et le futur au secours du présent. Si cette expérience n’a au préalable rien donné et rendu fou les précédents cobayes, notre héros est quand à lui immunisé de toute aliénation du fait de son excellente mémoire visuelle et de la puissance de ce souvenir d’enfance, qui agit pour lui comme un repère dans ce corridor temporel. Ce voyage lui permettra de comprendre la signification de ce stigmate.
L’utilisation de la photographie permet à Marker de s’affranchir de tout obstacle budgétaire et d’immerger le spectateur dans un Paris en ruine, en créant de manière implacable une ambiance morbide, inquiétante mais néanmoins fascinante. Les clichés sont magnifiques et appuient merveilleusement la narration de Jean Négroni. La justesse du ton et des images permettent d’occulter rapidement l’absence de séquences filmées tout en nous éblouissant de beauté. Le thème du voyage dans le temps est traité de manière brillante et n’a rien à envier à des blockbuster sur-budgétisés tel que L’effet papillon ou plus récemment Looper. Le spectateur plonge dans l’inconnu au même titre que son personnage et ne comprendra le dénouement de ce drame qu’en même temps que son héros. L’histoire fascine, l’intrigue captive et le dénouement subjugue.
Un chef d’œuvre ultime et intemporel, qui place la barre très haute pour cette 35ème édition du Festival… Mais que les réalisateurs en compétition se rassurent, La Jetée a déjà reçu les honneurs qu’il mérite et ne concourra pas aux côtés de leurs œuvres.
- À noter que c’est ce court métrage aujourd’hui cultissime, qui a donné son nom au bâtiment dans lequel toute l’équipe de l’association Sauve Qui Peut Le Court Métrage travaille afin de préserver, maintenir et enrichir ce festival hors normes. [↩]








































