
Safe de Boaz Yakin
Les Plus:
La séquence de l'attaque du casino est juste parfaiteLes Moins:
Une scène dispensable : la "scène où on nous explique tout sur tout"
Boaz Yakin est loin d’être un inconnu dans le cinéma. Scénariste (Prince of Persia : les sables du temps, Dirty Dancing 2, Punisher ou encore La relève), producteur (Hostel) et réalisateur (Le Plus beau des combats, Fresh), il roule sa bosse dans le 7e art depuis des années même si la plupart des productions sur lesquelles il a travaillé ne comptent pas que des chefs d’œuvre. Á noter pourtant, Fresh, qui comme Safe aborde le thème d’un gamin doué et solitaire : joueur d’échec et dealer, il va fomenter un plan pour faire tomber le parrain local. Plutôt émouvant, ce film n’a malheureusement pas marqué les esprits. Aussi, avec son dernier opus, l’a priori pouvait être négatif. D’autant plus qu’avec Jason Statham, il y a boire et à manger.
Luke Wright (Jason Statham) est un ancien policier au passé trouble. Ayant touché le fond en tuant un de ses adversaires pendant un combat de boxe illégal, il erre sans but dans New York. Décidé à mettre fin à ses jours après le meurtre de sa femme, il est interrompu par une petite fille pourchassée par la mafia. Cette dernière n’est pas commune : Mei possède une mémoire exceptionnelle. La mafia chinoise la retient prisonnière et se sert de ses facultés comme d’un ordinateur humain pour « stocker » toute sa comptabilité. En se mêlant à cette histoire, Wright déclenche une guerre des gangs entre Triades, mafia russe et policiers new-yorkais corrompus. Tous veulent mettre la main sur l’enfant, la seule à détenir la combinaison d’un coffre-fort très convoité.
N’y allons pas par quatre chemins, Safe constitue une très agréable surprise au cours d’un été totalement moribond cinématographiquement parlant. Là où l’on pouvait s’attendre à un blockbuster de plus, un popcorn movie formaté qui déroule son scénario en copié collé de tout ce que l’on a déjà vu, on a droit à une vraie construction narrative et à une identité visuelle et sonore particulièrement travaillées.
Pour exemple, la première chose qui frappe dans ce film d’action dont le propos est d’enchaîner les scènes de combat est qu’il ne cède pas à la facilité et que jamais on ne nous impose ces successions de séquences stéréotypées de « combat flingue contre flingue » puis « combat contre l’asiatique de service à mains nues » puis « combat contre dix mecs en cercle » etc. Les scènes d’action s’articulent logiquement et naturellement, avec une violence sèche, sans chorégraphie outrancière. Notre héros alterne les armes ou les poings au gré des besoins de façon fluide et ses ennemis aussi, il combat de manière efficace, et une scène clin d’œil s’en amuse particulièrement (comme l’avait fait Indiana Jones en son temps pour ne pas en dévoiler plus).
Par ailleurs, le réalisateur Boaz Yakin a des partis pris visuels très forts : il connaît l’histoire du cinéma et s’est totalement inspiré du cinéma européen de la nouvelle vague jusqu’aux années 70. La photo, les couleurs, la lumière, les décors, costumes, tout rappelle les polars produits à cette époque.
Il affiche et revendique une filiation avec des œuvres comme le mythique French Connection du réalisateur culte William Friedkin. La séquence de braquage, par les flics corrompus, d’un casino tenu par les triades est un moment d’anthologie et de nostalgie : outre les gueules, les costards, les fusils à pompe et les décors, on retrouve l’inversion des valeurs (les flics qui braquent des voyous) et l’éthique personnelle qui remplace la morale.
Mais Boaz Yakin va plus loin. Afin de n’être pas qu’une jolie reconstitution d’un B movie 70′s, Safe se nourrit d’autres influences et les intègre : ayant observé l’efficacité des films en caméra subjective dans les séquences de poursuites, de Cloverfield à [REC], le réalisateur s’en sert plus que judicieusement pour nous servir des séquences très fortes. Il est aussi allé chercher son inspiration dans les jeux vidéos et notamment dans les first-person shooter1.
Le rythme est aussi très impressionnant pour un block, soutenu par un montage très réussi : un pari puisqu’au début du film nous démarrons avec plusieurs flash-back et forward successifs très courts qui pourraient décontenancer le spectateur lambda, impression accrue par les faux raccords qui sont nombreux dans le film, toujours dans cette volonté de coller au cinéma liberté de la nouvelle vague. On n’a que peu de répit, l’action est menée à cent à l’heure.
Seule une séquence assez longue et très cliché où tout nous est expliqué sur le passé de Wright plombe un peu le film, et constitue le seul passage dispensable et vraiment artificiel du scénario, qui se tenait admirablement bien jusque là. C’est le seul moment du film où le réalisateur utilise une « grosse ficelle » pour nous récapituler les motivations de chacun, afin d’être sur que tous les spectateurs ont bien raccroché les wagons. Comme s’il craignait d’avoir, par son audace, perdu du monde en route et qu’il préférait faire une pause avant de redémarrer le grand huit.
Mais cet unique bémol ne nous gâche en rien la fête et le reste du film conserve son rythme de marathonien : le duo d’acteurs fonctionne de bout en bout, la jeune Catherine Chan n’est jamais agaçante ni « petit chaton perdu » comme souvent dans ces productions, Jason Statham2 est un bloc de marbre aux allures de danseur et on bénéficie de seconds rôles de luxe que Statham prend un malin plaisir à dégommer. Les punchlines s’enchaînent comme dans un old school movie des 80‘s, le film joue définitivement la carte de la nostalgie et ça fonctionne, on rit beaucoup. Safe est clairement un film d’été qui s’assume, à consommer comme un cocktail qui a su sélectionner et mélanger de bons et de nombreux ingrédients, en les dosant justement pour, sinon créer du neuf, du moins en ressortir le meilleur.
- Jeu de tir subjectif dont le premier jeu l’ayant véritablement popularisé est bien évidemment Doom. [↩]
- Voir un ensemble de reviews des films de l’acteur [↩]























































