OSS 117: Rio ne répond plus de Michel Hazanavicius
Sortie le 15 avril 2009
Onze films de 1957 à 1971, soixante-treize volumes de bande dessinée… Jolie collection, qui est venue s’enrichir, en 2006, d’un nouveau volume, avec OSS 117 : Le Caire, nid d’espions. Exit Michel Piccoli, Frederick Stafford ou Dean Flynn, précédents interprètes du rôle d’Hubert Bonisseur de La Bath, alias OSS 117, et place à Jean Dujardin, qui reprend le personnage dans une version gentiment moqueuse des aventures de l’agent secret. Fort du succès de son hilarante comédie, Michel Hazanavicius remet le couvert avec son équipe et livre cet OSS 117 : Rio ne répond plus trois années plus tard, presque jour pour jour1.
Pour ceux qui ne le connaissaient pas, Michel Hazanavicius, en plus d’être le frère de Serge, acteur ayant joué notamment dans Les Gens normaux n’ont rien d’exceptionnel et Delphine 1 – Yvan 0, est le réalisateur du culte La Classe américaine2, film-hommage construit sur la base de grands films de la firme Warner dont les dialogues ont été réenregistrés, à la façon d’un Lily la tigresse de Woody Allen. Le film s’entoure immédiatement d’une aura prestigieuse, malgré une simple diffusion sur la chaîne canal + en 1993, et sans jamais bénéficier d’une édition en VHS ou DVD.
C’est donc ainsi que, de fil en aiguille, Michel Hazanavicius réalisera tout d’abord Mes amis, avec Yvan Attal, Karin Viard et son frère Serge, en 1999, avant de reprendre en main les aventures d’OSS 117, transformant l’agent secret originel en crétin raciste, inculte, opportuniste… pour notre plus grand plaisir ! Pastiche des films d’espionnage du début des années 60, James Bond en tête3, le film se paie un casting quatre étoiles : Jean Dujardin dans le rôle titre, Aure Atika, Bérénice Bejo, Arsène Mosca, François Damiens, Richard Sammel… Les dialogues font mouche, les acteurs sont tous épatants et l’univers recréé tant par les décors de Maamar Ech Cheikh que par la photographie de Guillaume Schiffman nous replonge irrémédiablement dans le « kitch » des grands complots d’après-guerre tels que vus par toute une génération de cinéastes.
Indubitablement, OSS 117 : Le Caire, nid d’espions est la comédie de l’année 2006, loin devant le reste de la production du genre. Le film cumule plus de deux millions d’entrées après huit semaines d’exploitation. Une réussite que les ventes du DVD et de l’excellent bluray viendront renforcer et qui permettra donc au réalisateur et à son complice Jean-François Halin de se retrouver pour commencer à penser à une suite éventuelle… qui verra le jour dans la France de Pompidou, en 1967. Alors que le monde entier change, notre héros, imperturbable, ira quant à lui prêcher la bonne parole conservationniste à la française à des groupes hippies perdus quelque part sur les plages brésiliennes.
C’est donc avec un immense plaisir que l’on retrouve Hubert Bonisseur de La Bath, campé par un Jean Dujardin toujours aussi bon dans ce qui sera probablement l’un des grands rôles de sa vie, l’acteur nourrissant le personnage tout autant que le personnage nourrit l’acteur (et pas uniquement son compte en banque). Le personnage a vieilli – douze années séparent les deux films – mais semble figé dans le temps : il croit toujours aussi fort à la suprématie de la France sur le reste du monde et reste persuadé que l’équilibre mondial est aussi imperturbable que la facilité avec laquelle il parvient à séduire toute femme ayant l’audace d’entrer dans son champ visuel. C’est bien évidemment sans compter sur Dolorès, belle et farouche amazone qui va s’allier à lui dans la recherche du jeune Heinrich Von Zimmel, fils d’un célèbre nazi ayant fui la justice israélienne en s’établissant en Amérique du Sud.
De l’aveu même du réalisateur : « Il n’y a pas aujourd’hui en France trente six minorités qui permettent de faire ce genre de « vannes interdites ». Celles où on se dit que le personnage va trop loin, qu’il ne faut pas faire ce genre de blagues, et qu’on prend un petit temps pour se demander si le rire est possible. Selon moi il n’y a que les Arabes, les Noirs et les Juifs. Comme il était confronté aux Arabes dans le premier, il était sain de changer, c’est tombé sur les Juifs ». Et ce bon vieux OSS 117 d’en rajouter couche sur couche, avec une innocence teintée de maladresse, sur les clichés liés aux Juifs, sous le regard médusé de Dolorès, agent du Mossad4 et féministe de son état.
Inutile de dire qu’on attendait beaucoup de cette suite. Le premier épisode – version Dujardin – ayant placé la barre du rire très, très haut, il était difficile de faire mieux, voire même aussi bien. C’est malheureusement le cas, cette suite ne parvenant jamais à se hisser au niveau du premier film, malgré quelques gags et situations à mourir de rire. Mais, à trop vouloir s’en démarquer pour ne pas se répéter, le réalisateur n’en reproduit pas certaines scènes-clés et sacrifie ainsi le rire au profit d’une certaine originalité. Le personnage est donc davantage travaillé, d’autant qu’il se retrouve confronté à une situation déroutante – car nouvelle pour lui –, mais l’humour du film se dilue ainsi quelque peu dans l’intrigue.
Que les choses soient claires, cependant : OSS 117 : Rio ne répond plus est une excellente comédie et cette fois-ci encore, le travail sur la lumière et les décors, toujours signés respectivement par Guillaume Schiffman et Maamar Ech Cheikh, participe énormément à la réussite du film, en plongeant le spectateur dans l’univers très « pop » de la fin des années soixante. Hazanavicius se penche cette fois-ci sur des films plus proches du public, tels que L’Homme de Rio de Philippe de Broca, La Mort aux trousses du maître du suspense Alfred Hitchcock ou encore le cinéma d’exploitation mexicain, et notamment la série dédiée au catcheur Santo, el Enmascarado de Plata ((Littéralement Le Saint, L’homme au Masque d’Argent)).5
Des références facile à capter qui font une comédie très efficace, même si l’on peut donc éventuellement regretter l’humour débile du premier épisode.
OSS 117: Rio ne répond plus de Michel Hazanavicius | Scénario de Jean-François Halin, Michel Hazanavicius et Jean Bruce d’après l’oeuvre de Jean Bruce | Photographie de Guillaume Schiffman | Musique de Ludovic Bource | Avec Jean Dujardin, Louise Monot, Alex Lutz, Rüdiger Vogler, Ken Samuels, Reem Kherici, Pierre Bellemare, Serge Hazanavicius, Laurent Capelluto, Moon Dailly | France | 2008 | 100 min. | Comédie et Espionnage | Distribué par Gaumont Distribution | Crédit photographique : Gaumont Distribution
- Le premier volet signé Hazanavicius est sorti le 19 avril 2006. [↩]
- Aussi connu sous le nom Le Grand Détournement. [↩]
- Le James Bond interprété par Sean Connery a été une référence permanente dans la façon dont Jean Dujardin a composé le rôle d’OSS 117. [↩]
- Le Mossad (nom complet : המוסד למודיעין ולתפקידים מיוחדים – Ha-Mosad le-Modi’in u-le-Tafkidim Meyuhadim, ce qui signifie « Institut pour les renseignements et les affaires spéciales », Mossad signifiant l’« Institut ») est l’une des trois agences de renseignement d’Israël, avec le Shabak (plus connu sous le nom de “Shin Bet” – service de sécurité intérieure) et le Aman (chargé de la sécurité militaire). [↩]
- Santo, ou Rodolfo Guzmán Huerta, est une légende du catch mexicain qui s’est illustré dans plus de cinquante films, généralement tous aussi mauvais les uns que les autres, dans lesquels il affronte bandits, monstres, robots, animaux et autres malfaiteurs pour protéger la veuve et l’orphelin. [↩]






































