
Moi, député de Jay Roach – le Blu-ray
Les Plus:
Quelques idées font mouche malgré tout.Les Moins:
Des blagues de cul, des blagues de seins, des blagues de sexe et on oublie d'être fondamentalement drôles.
Nous vous avions déjà parlé de Moi, député lors de sa sortie en salles. Nous revenons donc sur ce film pour sa sortie vidéo, et l’occasion de s’y attarder un peu davantage. Car en plus d’être un simple film, Moi, député est un constat de l’évolution de l’humour ces dernières décennies. Jay Roach, son réalisateur, s’est en effet illustré au cinéma pendant plus de 25 ans — tantôt comme réalisateur, tantôt comme producteur —, de la fin des années 1990, avec l’excellent Austin Powers, à aujourd’hui.
Cam Brady est un politicien abruti, ignare, vicelard et particulièrement fourbe, mais il possède un avantage certain : il sait parler aux foules et faire en sorte qu’on l’apprécie. En plus de ça, personne ne se présente jamais contre lui, ce qui lui laisse la porte du Sénat grande ouverte lors de chaque campagne. Seulement voilà, pour la population du 14e district de la Caroline du Nord, Brady commet l’erreur de trop quand, pensant laisser un message à sa maîtresse, il dépose par accident un message pour le moins explicite et sulfureux sur le répondeur d’un couple de bons chrétiens. Dès lors, Brady perd peu à peu ses soutiens et Martin « Marty » Huggins est soudain propulsé dans cette campagne en forme de farce.
Nous n’allons pas refaire le procès de l’aspect pseudo-politique du film, que nous avons déjà largement évoqué lors de notre précédent article. Le film se veut une comédie politique légère sur la corruption, sur la course au pouvoir, dans un contexte particulier puisque durant les fameuses primaires américaines. Et dans le registre de la comédie légère, Moi, député se place plutôt bien. Trop bien même, tout bien considéré. La critique politique est plutôt discrète, pour ne pas dire effacée par la gaudriole des deux acteurs vedette, qui se contentent ici d’un strict minimum syndical. Si Will Ferrell est toujours excellent en personnage salace et odieux, on peut toutefois se lasser un peu de l’énième personnage de tordu/bizarre campé par Zach Galifianakis, encore que ses plus fervents adeptes y trouveront sans doute leur compte.
Ce qui gène davantage finalement, c’est la légèreté dans l’humour même. Alors que les Austin Powers se concluaient sur d’énièmes blagues foireuses, souvent à caractère sexuel — les amateurs de versions originales n’auront probablement pas oublié le fameux « Look, it’s Uranus / Look, it’s your anus » qu’il lance à Elizabeth Hurley à la fin du premier film — sans être explicitement sexuels pour autant, Moi, Député se montre d’une sagesse exemplaire. Ce qui aurait pu être une comédie provocatrice, ruant dans les brancards politique et culturel — une ville de culs-bénis, deux industriels corrompus essayant de refourguer leur canton aux Chinois… — se fait soudain très morale, pour ne pas dire moralisatrice. Il y a vingt ans tout au plus, on se serait jeté sur les blagues raciales sur les Chinois comme un Éthiopien sur un grain de riz. Et la critique politique aurait sans nul doute été autrement plus probante.
Et c’est finalement un constat que l’on peut étendre à une fraction non négligeable de la production dite « comique » de ces quelques dernières années. On tape systématiquement plus bas que la ceinture : c’est pipi, caca, sexe. Car si Austin Powers — et bien d’autres avant lui — alliait humour crasse, comique de situation, dialogues et jeux de mots pour le moins savoureux, on oublie ici la saveur pour se concentrer sur le fumeux, le graveleux. Et ce ne sont malheureusement pas les quelques bonus présents sur cette édition Blu-ray qui vont venir contredire cet état de fait, entre une featurette reprenant un florilège de répliques toutes plus grasses les unes que les autres, quelques scènes coupées, et un inévitable bêtisier.
Moi, député n’est donc pas un mauvais film en soi, c’est simplement un film de son époque. Les codes de l’humour bon marché ont indéniablement changé d’une génération à l’autre et ce genre de film est là pour le prouver. Les Wayne’s World et autres épopées comiques ont fait leur temps dans les années 1990 et le public cherche aujourd’hui un sensationnalisme immédiat — et relativement facile convenons-en. Le sexe — seul moteur comique du film — est une arme puissante auprès de la jeunesse et le film use et abuse de références et de scènes toutes plus explicites les unes que les autres. Quant à savoir où se trouve l’humour dans tout ça…





















































